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Vers la beauté de David Foenkinos. Entretien

« Il s’approcha du portrait de Jeanne Hébuterne. Quel privilège d’être ainsi en tête-à-tête avec un chef-d’œuvre de la peinture. Bouleversé, il chuchota quelques mots. Il n’entendit pas Mathilde Mattel s’avancer. Elle resta d’ailleurs un instant à observer cet employé figé devant un cadre ; une contagion de l’immobilité. Elle finit par demander doucement :
— Vous parlez au tableau ?
— Non… pas du tout, balbutia-t-il en se retournant.
— Vous faites ce que vous voulez de votre vie privée. Cela ne me regarde pas, dit-elle en souriant. »

 
Vers la beauté… Comment ne pas penser à la fameuse phrase de Dostoïevski dans L’Idiot, « C’est la beauté qui sauvera le monde » ?
Oui, j’y ai pensé souvent. À vrai dire, j’avais pensé la mettre en exergue, mais je trouvais la phrase un peu véhiculée. Mais elle correspond parfaitement à mon sujet, puisqu’il s’agit d’un personnage qui, après avoir vécu un traumatisme, tente de se sauver en s’approchant de la beauté.

Antoine Duris, qui tourne le dos à son ancienne vie pour tenter de « s’évaporer », semble nous dire qu’il faut savoir repartir de zéro pour espérer se reconstruire…
Je ne pense pas qu’il soit dans la conscience de ses actes, ou du risque qu’il prend. Fragilisé par ce qu’il a vécu, il s’en remet à son intuition. D’une certaine manière, c’est son corps qui le guide vers une nouvelle vie. Chacun possède son propre chemin de la consolation, et ce n’est pas toujours lié à une décision réfléchie.

Antoine et Mathilde ont en commun la timidité, qui leur permet finalement de tout oser… à commencer par tomber amoureux alors que chacun s’était juré de ne plus recommencer. Être timide serait-il un atout pour réussir sa vie ?
Au tout départ, ils ne le sont pas. Antoine est maître de conférences, Mathilde DRH. Ils traversent un moment où ils ne sont plus en maîtrise de leurs capacités, surtout Antoine. Il y a une part de timidité c’est vrai, mais surtout d’hésitation sociale. Et c’est peut-être dans ces moments-là, quand tout devient assez incertain, qu’une nouvelle vérité se dégage. Ils sont à un moment où seul l’important compte.

À travers le personnage de Camille, on a le sentiment que la peinture transcende toutes les autres formes d’art, mais aussi les drames et les deuils…
Le personnage de Camille a des résonnances avec celui de Charlotte Salomon. La peinture est un art qui fait intervenir à la fois le corps et l’esprit. C’est un monde à créer, et qui permet d’échapper aux couleurs du réel. En tout cas, c’est un roman qui évoque beaucoup la peinture comme une force qui peut animer une vie.

Au fil des pages, votre tendresse envers les personnages se mue progressivement en compréhension et en compassion… Une évolution qui s’est imposée à vous au fur et à mesure de l’écriture ?
C’est un livre qui repose sur un mystère. On ne comprend pas pourquoi le personnage principal quitte tout pour devenir gardien de salle dans un musée. C’était intéressant d’essayer de le déchiffrer progressivement, et d’apprendre au fur et à mesure ce qu’il a vécu. D’une certaine manière, il fallait tenter d’avancer vers la clarté avec lui.

Entretien réalisé avec David Foenkinos à l’occasion de la parution de Vers la beauté.

© Gallimard