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Jorge
Amado (1912-2001)
L'auteur
brésilien s'est éteint le lundi 6 août 2001, à
Salvador de Bahia, à l'âge de 88 ans.
L'uvre
de Jorge Amado, ambassadeur de la littérature brésilienne,
est traduite dans une cinquantaine de langues.
Jean Duvignaud
évoquait dans La NRF en ces termes l'un des thèmes
récurrents de l'uvre de Jorge Amado, à propos du roman
Tereza Batista :
«
Depuis Bahia de tous les saints, Amado poursuit les fantasmes de
Bahia et l'image de Bahia dans ses propres rêves. Il habite au milieu
de ses mythes. Il peuple un monde de femmes brisées, victimes du
" pouvoir mâle ", de l'étroitesse provinciale,
du sadisme qui s'attache à la sexualité. Là se mélangent,
dans une vision parfois fantastique, la spiritualité nègre,
la mystique religieuse, la troublante sensualité qui représente
l'extraordinaire volonté de vivre d'un peuple. C'est l'art d'Amado
de donner force forme à ces rêveries et son art plonge dans
l'eau brûlante des mythes vivants. Sa réthorique est celle
des contes et de l'épopée : elle agit sur nous comme un
chant... »
Extrait
de L'Amérique latine et La NRF,
dans la collection Les Cahiers de La Nrf, pp. 642-644.
Quant
à Jorge Amado lui-même, il décrivait ainsi son travail
d'écriture, pour l'édification d'un monde en forme de roman
:
«
Quand j'étais jeune, je travaillais la nuit, je passais toute la
nuit à écrire. J'écrivais vite. La conception même
du roman n'a pas varié : c'est un processus d'élaboration
qui se déroule dans ma tête, durant très longtemps.
Des idées prennent vie, je les vois, je sais ce que je veux raconter,
c'est-à-dire les idées que je veux faire passer. Peu à
peu je vois ces idées se transformer en actions, en personnages,
en ambiances. C'est encore comme ça aujourd'hui. La différence,
c'est que lorsque j'étais jeune il m'arrivait, compte tenu de la
faiblesse relative du rendement, de faire des partages. Il m'arrivait
que des idées servent à plus d'un livre. Par exemple, l'idée
qui m'a conduit à écrire Bahia de tous les saints
m'a fourni deux autres livres, Mar morto et Capitaines des sables,
qui étaient déjà là et qui se sont développés
indépendamment. Je n'ai pas été capable de constituer
toutes mes idées en un livre unique, je ne pouvais pas trouver
l'ordre romanesque qui convenait, ordonner la construction de manière
à tout faire entrer dans l'action d'un seul livre.
Ça continue à être ainsi aujourd'hui,
je dois penser les choses.
Il n'y a que le rythme du travail qui change. Quand j'étais
jeune, je pouvais écrire huit, dix pages... Il n'y a que dans la
jeunesse que l'on a ce manque de recul, on pense que l'on est un grand
écrivain, que tout ce que l'on écrit est admirable, etc.
Puis l'esprit critique se développe, l'autocritique. Aujourd'hui
mon travail me coûte plus d'efforts qu'autrefois parce que je suis
beaucoup plus clairvoyant sur mes limites, et d'autre part parce que l'on
doit toujours travailler plus en profondeur. »
Extrait de
Conversations avec Alice Raillard,
pp.279-280.
Indications
biographiques
Jorge
Amado est né en 1912 à Ferradas, dans une plantation de
cacao du sud de l'État de Bahia. Toute son enfance est marquée
par la rudesse de cette « terre violente » que les planteurs
se disputent arme au poing. C'est à Bahia qu'il commence ses études.
Il s'enfuit à treize ans d'une école religieuse, pour courir
la campagne. À quinze ans, il travaille dans un journal. Puis il
part pour Rio de Janeiro où il publie, en 1931, alors qu'il n'a
que dix-neuf ans, son premier roman Le Pays du Carnaval et, un
an après, Cacao, qui le classe parmi les écrivains
les plus populaires du Brésil. Il travaille alors avec le grand
éditeur José Olympio, fait du journalisme, voyage dans toute
l'Amérique latine, publie ouvrage sur ouvrage et s'engage politiquement
de plus en plus. En 1936, à la veille de la dictature de l'Estado
Novo, et alors qu'il est devenu docteur en droit, il est emprisonné
et ses livres sont interdits. L'année suivante, après Mar
morto qui lui avait valu le prix Graça Aranha (le Goncourt
brésilien), il ferme le cycle de ses romans de Bahia avec Capitaines
des sables. En 1941, il est contraint de s'exiler en Argentine, mais
il peut regagner le Brésil quand son pays se range aux côtés
des Alliés contre l'Axe. Il y reprend son activité politique
et littéraire. En 1945, membre du parti communiste, il est élu
député national à São Paulo. C'est de cette
époque que date Les Chemins de la faim. En 1948, au moment
de l'interdiction du parti communiste, il doit de nouveau s'exiler. Durant
cinq ans, il visite Paris où il se lie d'amitié avec
Picasso, Aragon, etc. puis la Tchécoslovaquie, l'U.R.S.S.
Il écrit Les Souterrains de la liberté, rentre au
Brésil en 1953, voyage sans arrêt pendant trois ans puis,
dès 1956, consacre tout son temps à la littérature.
Jusqu'en 1984, il publiera ainsi encore une dizaine de romans, dont la
plupart ont été adaptés pour la télévision
brésilienne, ou portés à l'écran.
Très populaire au Brésil où elle atteint
des tirages considérables, l'uvre de Jorge Amado est en outre
traduite dans le monde entier, en près de cinquante langues.
En 1984, Jorge Amado a été nommé commandeur
de la Légion d'honneur par le président Mittérand.
En 1990, il a obtenu le Prix Del-Duca pour l'ensemble de son
uvre.
©
Gallimard, 2001
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