Qui, de Gide ou de Gaston Gallimard, sera le maître des Éditions après-guerre ? La lutte d'intérêt est vive, mais la création de la Librairie Gallimard signifie la prise de pouvoir du second.
Car le 26 juillet 1919 est fondée officiellement cette société anonyme, au capital de 850 000 francs, réparti entre Emmanuel, dit Maney Couvreux, ami de Gaston Gallimard et président du conseil d'administration, Gaston Gallimard lui-même, Jean Schlumberger, Raymond Gallimard (administrateur délégué puis directeur général adjoint) et André Gide. Trois cents parts de fondateur sont accordées à Gaston (il en reverse trente à Jacques Rivière), qui a désormais les mains libres pour mener la politique éditoriale et commerciale qu'il entend, avec les collaborateurs de son choix.


Joseph Kessel, auteur aux Editions dès 1922. Coll.part.
 
La Revue Musicale (1920)


Diversifier l'activité de la Maison pour en assurer la rentabilité commerciale, constituer un fonds en s'attachant les auteurs les plus prometteurs, tel est le programme du nouveau patron et de son frère Raymond.
La Maison prend son essor, comme en témoignent l'ouverture d'une librairie parisienne (1920), les déménagements (1921 et 1929) et le recrutement de directeurs artistique (Allard en 1919) et commercial (Hirsch en 1922).
Le comité de lecture de la maison s'officialise. Avec Crémieux, Fernandez, Groethuysen, Parain, Paulhan, Malraux, Robert Aron, Jean Grenier, les rapports entre les Éditions et la revue évoluent ; la légitimité des Éditions n'est plus uniquement celle de La N.R.F.

Détective, revue à sensation créée en 1928.
Gaston Gallilmard,  par Henri Martinie.
Le siège des Editions (1929), rue de Beaune.

De nouvelles collections structurent un catalogue diversifié : essais («Documents bleus», «Bibliothèque des Idées»), livres pour enfants, monographies d'artistes, séries populaires («Les Chefs-d'œuvre du roman feuilleton», «Cinario»...), biographies littéraires («Vies des hommes illustres»).
Gallimard soutient plusieurs revues de haute tenue, comme La Revue musicale (1920), La Revue juive (1925) ou La Revue du Cinéma (1929). La création des Nouvelles littéraires en 1922, puis celle du journal à sensation Détective en 1928 marquent l'entrée sur le marché plus rentable de la grande presse. Pour fédérer discrètement ces nouvelles filiales, Gallimard crée le 20 décembre 1928 la société ZED Publications.

« C
con
criti
forte
écri
fasc
le c
rêve
Gas

 

« Couverture blanche égale sang bleu. En convaincre les débutants, les égarés, les critiques, le milieu doit suffire à bâtir une forteresse inexpugnable. A la limite, aucun écrivain de langue française n'échappe à cette fascination. La littérature doit se confondre avec le catalogue Gallimard. C'était probablement le rêve secret - secret mais assez visible ! - de Gaston Gallimard »

François Nourissier