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Jérôme Garcin
L'Écuyer mirobolant
  • Roman
  • Collection Blanche
  • 192 pages
  • 15,90 €
  • A12182
  • ISBN : 9782070121823
  • En librairie le 4 février 2010
Même les étalons les plus impérieux, Étienne ne les avait pas combattus. Au contraire, il n’avait eu de cesse de vouloir les comprendre pour mieux s’en faire des alliés. Quel que fût le cheval, il n’aspirait qu’à se passer des aides. Il rêvait en effet de régner sans poids ni appuis, par le seul souffle de la botte, la caresse du cuir et la profondeur de l’assiette. Monter n’était plus alors une activité physique, c’était une pensée pure, un acte de foi.
L'auteur
Jérôme Garcin
  Journaliste et critique littéraire, Jérôme Garcin est notamment l’auteur, chez Gallimard, de Pour Jean Prévost (1994, prix Médicis essai), de La Chute de cheval (1998, prix Roger Nimier), de Théâtre intime (2003, prix France Télévisions) et, dernièrement, de Son excellence, Monsieur mon ami (2008).
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Entretien
Rencontre avec Jérôme Garcin

> Que signifie la formule chère à Étienne Beudant mais quelque peu hermétique pour les profanes en matière d’équitation, « main sans jambes » ?

C’est tout simple : il ne faut pas, à cheval, agir simultanément avec la main et les jambes. Seul l’emploi isolé des aides supérieures et inférieures permet d’obtenir l’équilibre du cheval et ensuite, miracle, la légèreté.

> À plusieurs reprises, l’équitation est ici comparée à la musique, à la peinture… Seriez-vous tenté de la considérer comme un des Beaux-Arts ?

Mais c’est un bel art ! La haute école était considérée, dans le Versailles de Louis XIV , comme l’égale de la musique ou du théâtre. Allez aujourd’hui à Vienne, à Saumur, à Lisbonne, à Jerez ou chez Bartabas pour vous en convaincre. Et je parle en effet d’Etienne Beudant comme je parlerais d’un très grand poète ou d’un très grand peintre.

> Au-delà de votre passion pour l’équitation, pourquoi avoir choisi Étienne Beudant, « l’écuyer mirobolant », comme sujet de votre livre ?

La première raison est littéraire : on ne sait presque rien de lui. L’essentiel de la vie de ce petit capitaine français tient en une phrase : il a servi en Afrique du Nord, il a été un génie de l’équitation et il a signé, sur la question, deux traités majeurs. C’était donc – comme le toujours énigmatique Hérault de Séchelles dans C’était tous les jours tempête – un personnage de roman idéal. Car j’étais à la fois dans la fiction pure et la grande Histoire (il est né en 1863 et il est mort en 1949). La seconde raison est presque philosophique : souffrant de mille maux, il a cessé de monter lorsqu’il était au sommet de son art. Lui qui avait tout sacrifié à la passion des chevaux a passé les vingt-cinq dernières années de son existence sur des béquilles et puis dans un fauteuil roulant. Comment survit-on à ce pourquoi on vivait ? J’essaie de répondre à cette question…

> Considérez-vous la « méthode Beudant » comme un point d’histoire, ou comme une approche toujours actuelle, qui dépasse peut-être le cadre de l’équitation ?

La méthode Beudant exposée dans « Main sans jambes » et dans « Extérieur et haute école » n’a, du point de vue équestre, pas pris une ride : elle est toujours très utile. Mais c’est la morale de Beudant qui est, selon moi, dans notre époque marchande où le geste pur et gratuit a disparu, la plus actuelle, la plus précieuse, la plus anticonformiste : un tel sacerdoce, une telle abnégation, un tel travail et de si grands sacrifices pour exceller dans un art ô combien éphémère, tout cela m’émeut et force mon admiration de cavalier.

Entretien réalisé à l'occasion de la parution de L'Écuyer mirobolant en février 2010.