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Giorgio TODDE

  Vivant à Cagliari, chirurgien et ophtalmologue de haut niveau, Giorgio Todde a longtemps écrit sans le faire savoir. S’il se revendique de Dürrenmatt et écrit pour mettre de l’ordre dans les choses, il est aussi, avec le personnage d’Efisio Marini, le créateur d’un enquêteur totalement atypique né d’un personnage réel. Son premier roman, L’État des âmes, a été récompensé par la principale reconnaissance littéraire sarde.

  « Celui qui a vu vraiment un mort assassiné fait une expérience sur laquelle il va réfléchir, consciemment ou inconsciemment, toute sa vie. Le mort assassiné a encore sur son corps la main de l’assassin, son souffle.Tu la vois, tu la sens, tu la humes, cette présence. J’étais étudiant quand j’ai vu mon premier assassiné, tué à la serpe, par son beau-frère. Tuer quelqu’un à la serpe demande un très grand savoir-faire. »
  Giorgio Todde dans Libération

  Qui était donc cet Efisio Marini devenu personnage de fiction sous la plume de Giorgio Todde ? Quelle singularité l’a distingué de son vivant aux yeux du romancier pour qu’il en fasse l’un des précurseurs de la police scientifique ? Né en 1835 à Cagliari, Efisio Marini a tout simplement été l’inventeur réel d’une insolite méthode de pétrification des corps qui, sans entailles ni injections, lui permettait de restituer la souplesse et les couleurs naturelles des morts. À cette époque, embaumements et momifications étaient à la mode parmi les classes dirigeantes d’Europe et Napoléon III, lors de l’Exposition de Paris de 1867, lui décerna la Légion d’honneur. Si Efisio Marini, après avoir continué de momifier des personnalités et poursuivi ses recherches en engloutissant sa fortune, a disparu en 1900 des mémoires, il revient un siècle plus tard par le roman policier et s’avère un auxiliaire redoutable des forces de police. Chercheur, il utilise les balbutiements de la médecine scientifique. Que l’on retrouve en 1861 à Cagliari, dans La Peur et la chair, un homme au pied d’une falaise, le crâne brisé et le bras droit méticuleusement découpé jeté dans une barque, que les disparitions se multiplient, que déjà la rumeur parle d’une créature mi-bête, mi-homme et Efisio Marini s’empare de l’enquête. Tandis que le peuple, habitué aux secrets, se tait, le jeune médecin refuse les légendes et permet à Giorgio Todde de synthétiser les charmes du polar historique et les frissons du thriller. Trente ans plus tard, dans L’État des
âmes
, on retrouve Efisio Marini à l’intérieur des terres, dans une poche moyenâgeuse à la jonction de la mer et du ciel où le maquis abrite encore des brigands de grand chemin. Dans ce village, les naissances de tout temps ont toujours été égales au nombre des décès. Aussi, quand il est annoncé qu’une villageoise doit enfanter, tout le monde sait qu’il y aura une mort à pleurer. Tout est pourtant bouleversé le jour où il devient évident qu’une agonisante, pour donner raison à la terrifiante coutume, a été empoisonnée. Ce qui était un état « naturel » quasi divin engendre désormais les pires suspicions. S’agit-il d’une terrifiante transmission secrète forgeant génération après génération des meurtriers en série ? Qui sera le suivant ?... Caractérisé par l’élégance de son style et des intrigues trompeusement classiques, Giorgio Todde parle d’une Sardaigne qu’il aime, à la jonction de l’Afrique et de l’Europe, au carrefour des mondes. Il est incontestablement l’une des découvertes à suivre du polar européen.

  « Enquête policière, drame psychologique, humour grinçant, fantastique effleuré, regard implacable sur une microsociété mauvaise comme la gale : Giorgio Todde gagne sur tous les tableaux. » (Télérama)

 
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