|
|
 |
«
Lintérêt
du roman policier
réside
dans le développement
et non dans
le dénouement
souvent prévisible. »
Cette phrase,
cest
Batya Gour
elle-même
qui la
fait dire
au narrateur
de Meurtre
au Kibboutz,
roman au dénouement
pourtant suffisamment
inattendu
pour que le
lecteur reste
longtemps
imprégné
de cette sidérante
histoire.
Il faut dire
que ce que
décrit
Batya Gour,
universitaire
israélienne
née
à Tel-Aviv
en 1947, nest
ni plus ni
moins que
lhistoire
contemporaine
dIsraël.
Une nation
incroyablement
riche et complexe,
faite de multiples
cultures et
nourrie de
sa force incroyable
comme de ses
contradictions.
Batya Gour
parle « vu
de lintérieur »,
et sans justifier
ni éluder
les drames
et les joies,
de ce pays
qui reste
un mystère.
Comment comprendre
lactualité
de cette partie
du monde à
la culture
millénaire
et composée
dindividualités
nourries de
souffrances
et dutopies ?
Comment généraliser
sur une nation
où
se sont retrouvés,
sur un sol
vécu
comme le seul
refuge ou
la terre promise,
des hommes
et des femmes
venus de Russie,
du Yémen,
du Chili,
du Minnesota
ou de lEurope
dévastée
par lidéologie
nazie ?
Batya
Gour a la
pudeur de
ne pas donner
de réponses.
Elle raconte
des histoires
Celle, dans
Meurtre
sur la route
de Bethléem,
de Zohara
Bashari, jeune
et très
jolie femme
bourrée
de talent,
issue de parents
traditionnels
yéménites
et retrouvée
morte étranglée,
sous les combles
dune
maison
Celle, dans
Meurtre
au Kibboutz,
dOsnat
Harel, veuve
dun
soldat tué
au Liban et
membre influente
dun
grand kibboutz
où
se heurtent
des passions
qui nont
rien à
voir avec
largent,
le sexe, la
religion,
lamour
ou le pouvoir
Celle aussi,
fruit des
convulsions
de la guerre,
de ces émigrants
séfarades
arrivés
en Israël
en 1949 dans
des camps
de fortune
et dont les
nourrissons
furent déclarés
morts pour
être
ensuite vendus
à dautres
familles désireuses
dadopter ?
Comment juger
des couples
de vingt ans
à la
fécondité
détruite
par lhorreur
de Buchenwald ?
Comment trancher
dans les antagonismes
opposant parfois
jusque dans
la haine ashkénazes
et séfarades ?
Le commissaire
Ohayon ne
peut pas.
Dorigine
marocaine,
arrivé
en Israël
à trois
ans, logé
avec sa famille
dans une maison
« réquisitionnée »
aux Palestiniens
et nayant
comme accueil
que quatre
murs et un
lit de fer,
lenfant
qui deviendra
directeur
adjoint des
affaires criminelles
de la police
de Jérusalem
fera des études
de surdoué.
Bel homme
aux grands
yeux tristes,
père
dun
garçon
de vingt ans
quil
aime éperdument
et happé
par la situation
des Territoires,
Ohayon est,
à lui
seul, à
limage
des multiples
facettes de
sa nation :
un enfant
dont la mère
disait en
parlant deux-mêmes :
« Je
naurais
jamais cru
que des Juifs
pouvaient
faire ça
à dautres
Juifs ».
Un homme qui,
au fil de
ses enquêtes,
tente de comprendre
un pays aimé
sur lequel
il porte cependant
un regard
critique particulièrement
lucide :
comme une
sorte de devoir
de mémoire
pour avancer.
Le regard
courageux
et emprunt
dhumanité
que Batya
Gour, décédée
en mai 2005,
portait elle-même
sur les hommes.
Le regard
et le cur
dune
très
grande dame.
Le
dernier roman
de Batya Gour,
Meurtre
en direct,
a été
publié
dans la Série
noire. Tous
les autres
romans de
la série
Michaël
Ohayon seront
repris en
Folio policier.
|