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Le coup
de cur
de Mike Selvais
de la
Librairie Camponovo
(Besançon)
Époque : XVIe siècle. Lieu : Italie, Alpes, village de Chiomonte. Objet de l'enquête : quatre cadavres... se vautrant dans une sorte de vomi-sanguin. Accusé et coupable : le tailleur de pierres du village, un étranger... « maniant la sorcellerie et ayant pactisé avec le diable ». Enquêteur et Juge : Ippolito Berthe âgé de 25 ans. Les gentils : les gens du village. Les méchants : Satan et ses sbires. Voilà pour le cadre. Alessandro Perissinotto nous livre un polar historique dans la droite ligne du Nom de la rose d'Umberto Eco et Des piliers de la terre de Ken Follett. Son personnage principal, Ippolito Berthe, jeune juge et ancien fils de paysans, va essayer de déterminer la mort de quatre villageois de Chiomonte, guidé par son maître spirituel : le Prévôt d'Oulx... Grâce à ses qualités de juge et étant sûr du bien-fondé de sa cause pour la justice et le triomphe du bien sur le mal, Ippolito Berthe va tenter coûte que coûte de défendre le tailleur de pierre accusé... Mais les voies du seigneur sont impénétrables et le chemin se trouve long et tortueux, parsemé d'embûches, car bien nombreux sont ceux qui veulent voir le tailleur de pierre autour d'une corde ou sur le bûché... La Chanson de Colombano est un polar à lire absolument.
Le coup
de cur
de Jean-Marc Laherrère
de la
Librairie Ombres Blanches
(Toulouse)
Ippolito Berthe est le tout nouveau juge de Chiomonte, un village des Alpes. En cette année 1533, il se trouve confronté à sa première affaire importante : toute une famille est retrouvée morte, quatre personnes, sans blessure apparente, mais baignant dans leur sang. Au dehors de nombreuses brebis mortes également. Et de façon étonnante, tout le village accuse Colombano, le tailleur de pierre qui s'est attaqué, depuis huit ans à une oeuvre titanesque : creuser seul la montagne pour permettre à l'eau de venir de la vallée voisine irriguer les pâturages secs de Chiomonte. Colombano qui connaissait les victimes est atterré et clame son innocence, mais cela ne suffit pas contre la foule déchaînée. Il va falloir toute la détermination et toute l'intelligence du jeune juge pour arriver à le sauver de la corde, ou pire, de la sainte inquisition. Voilà un excellent exemple de roman historique réussi. Le contexte est superbement rendu, le paysage bien entendu, primordial dans cette vallée des Alpes, mais surtout la population, les façons de vivre, la pauvreté, la faim, le froid, mais aussi les croyances, le poids de l'église et de la peur de la sorcellerie, la façon de rendre la justice... L'auteur évite l'écueil de certains mauvais romans historiques de prêter à son héros des pensées trop modernes et politiquement correctes. Ippolito ne porte pas de jugement moral sur l'utilisation de la torture, ne rejette pas les aveux obtenus par l'inquisition, simplement, voulant faire les choses par lui-même, et se méfiant de tous, il préfère d'autres méthodes pour arriver à la vérité. Tout cela contribue à la vraisemblance du récit, à la crédibilité des personnages, et donne, au final, un excellent roman bien noir, à l'enquête bien menée, que l'on referme enchanté, avec l'impression gratifiante d'avoir appris quelque chose.
Le coup
de cur
de François Huet
de la
Librairie Sauramps
(Montpellier)
Il faut remarquer que La Chanson de Colombano fut à l'origine publié par La Fosse aux Ours, excellent éditeur lyonnais qui nous a offert depuis sa naissance quelques belles découvertes (ou redécouvertes) d'auteurs italiens contemporains. Première raison de se précipiter sur ce roman qui passe d'un éditeur qualifié de « littéraire » à une collection de poche estampillée « de genre », comme si on avait voulu prouver qu'un passage de l'un à l'autre validait l'absence de différence entre un genre de littérature noble et une quelconque littérature de genre. Le roman de Perissinotto est avant tout oeuvre de linguiste. Amoureux de la langue et de toute évidence expert en patois anciens, il a longtemps étudié les parlers qui ont vécu, et pour certains survécu, entre les Alpes italiennes et la Haute Provence. L'idée même survient d'une chanson qui avait traversé les siècles pour tomber dans l'oreille de l'auteur ; une chanson rabotée par les années, dont le sens ainsi que le dénouement ont disparu. Perissinotto se l'est appropriée, et en a conçu cette histoire. Le motif du roman est très court, mais il suffit au mystère ambiant qui le parcourt d'un bout à l'autre. Quatre personnes sont retrouvées étouffées dans leur sang dans les alpages. Leur voisin immédiat, le tailleur de pierre Colombano, est amené par la vindicte du peuple au tribunal où chacun le voit déjà grésillant dans les flammes du bûcher. Ippolito, jeune juge et ami d'enfance de Colombano, va devoir débroussailler des monceaux de ressentiments et de préjugés à l'égard du pauvre homme, et aller chercher une vérité que tout semble escamoter ; les croyances populaires, les intérêts d'argent de chacun (Colombano travaille depuis 8 ans à l'édification d'un aqueduc traversant le coeur de la montagne, pour le bénéfice de la communauté), les relents de sorcellerie qui font planer la menace de l'Inquisition sur un procès qu'Ippolito juge biaisé par avance. Il y a bien évidemment des allures du Nom de la Rose à ce petit roman, mais la comparaison s'arrêtera à l'époque, ainsi qu'à la figure candide et incorruptible du jeune juge qui renvoie au personnage du novice dans le roman d'Eco. La particularité de La chanson de Colombano tient surtout au climat sauvage et païen qu'il évoque en marge d'une enquête « encadrée » par la raison et la morale, la justice et la religion dont Ippolito est le représentant officiel. Le salut de l'enquête et de Colombano passera, curieusement, par l'évocation de figures païennes tout droit sorties de la geste populaire (sa rencontre avec l'Homme Sauvage, sans doute l'épisode le plus réussi du livre) et la confrontation avec la rudesse d'un peuple montagnard rompu à toutes les peines. Mieux qu'un énième roman « historique » à sensation qui utiliserait une quelconque érudition au profit d'une intrigue de petit malin, Perissinotto utilise l'intrigue « policière » au profit d'un amour réel pour la langue et pour les gens du peuple qui l'ont fondu dans la glaise. La chanson de Colombano ressemble plus à du Ramuz qu'à du Ken Follett. C'est bien la particularité de ce roman que de nous passionner autant en parlant si bien des pierres, du bruit du vent dans les arbres, de l'odeur des hommes, de la terre, des choses simples et réelles qui finissent toujours par dévoiler les mensonges enfouis. Un très beau roman.
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