 |
 |
 |
| |
| |
LES
PREMIERS TITRES
Emilio Cecchi. Giotto, 1937.
Carlo Gamba. Botticelli, 1937 |
|
 |
 |
|
 |
 |
 |
| |
| |
BRÈVES
Les ouvrages du « Musée de la
Pléiade » sont les éditions
françaises de cinq titres parus à
l'enseigne des « Valori Plastici »,
une collection italienne issue de la revue du même
nom, créée par Mario Broglio. |
|
 |
 |
|
 |
|
|
 |
 |
 |
| |
| |
« Le
Musée de la Pléiade » est
l'une des nombreuses entreprises à avoir
bénéficié de l'enseigne de
la « Pléiade » : il y eut des
concerts de la Pléiade (1943), un prix (1943),
une librairie (1945), une galerie (1931), une revue,
Les Cahiers de la Pléiade... Et Malraux
créa la collection « Galerie de la
Pléiade » pour ses écrits sur
l'art (1951). |
|
 |
 |
|
 |
 |
 |
| |
| |
André
Malraux, qui eu l'occasion de rencontrer Jacques
Schiffrin à plusieurs reprises, était-il
pour quelque chose dans l'élaboration du
« Musée de la Pléiade » ?
Rien ne l'atteste, même si on croit entendre
des résonances malruciennes dans le nom même
de la collection. La mise en scène d'illustrations
in-texte, si caractéristique du Malraux éditeur
d'art, n'y est pas encore; mais la mise à
disposition, au profit d'un large public, d'un corpus
iconographique répond à ce qui sera
une préoccupation constante de l'essayiste
et du ministre des Affaires culturelles. |
|
 |
 |
|
 |
 |
|
 |
 |
 |
| |
| |
Cinq monographies de peintres
italiens y paraissent de Noël 1937
à 1939, albums largement illustrés,
reliés d'une toile bleu nuit. Précisons :
en 1939 des couvre-livres on dirait
aujourd'hui des jaquettes sont imprimés
et offerts par les libraires aux détenteurs
des volumes déjà parus. Au
sommaire de chaque titre, on trouve une
étude inédite d'un universitaire
ou d'un critique, suivie d'un important
ensemble de planches reproduisant l'uvre
complet de l'artiste. De tels albums n'ont
pas de quoi surprendre le lecteur actuel,
qui a vu depuis 1960 se multiplier et se
banaliser ce type de publications... Mais
l'époque est moins blasée
que la nôtre ; et le travail
sur le « musée »,
son élaboration et son appropriation
collectives, en est encore à son
balbutiement éditorial. De telles
entreprises ne sont rien moins qu'inaugurales ;
d'autres maisons, à l'image des Éditions
Tel, s'y risqueront au même moment,
en éclaireurs.
La lecture des annonces de La
NRF en 1937 nous apprend que le « Musée
de la Pléiade » est placé
sous la direction de Mario Broglio. Ce peintre
italien (1891-1948), ancien élève
de l'Académie des beaux-arts de Rome,
avait été après-guerre,
avec sa revue Valori Plastici (1918-1923),
l'un des animateurs des débats artistiques
transalpins. Il fut le grand promoteur du
courant dit métaphysique (De Chirico,
Savinio...), caractérisé notamment
par un retour à une manière
de rigueur et de passéisme dans l'expression
plastique. La connaissance et la réévaluation
des uvres du passé étaient
au cur du mouvement ; les travaux
historiques du peintre Carlo Carrà
en sont l'expression la plus aboutie. Valori
Plastici devint donc très vite,
aussi, une aventure éditoriale ;
une collection éponyme vit le jour,
consacrée tantôt à l'édition
des uvres contemporaines, tantôt
à celle des artistes du Quartrocento
et des primitifs italiens.
Les ouvrages du « Musée
de la Pléiade » sont donc
les éditions françaises de
cinq titres de la collection italienne de
Mario Broglio, prolongement des recherches
historiques du groupe à laquelle
elle se rattache. Cette réévaluation
des uvres du passé, sous l'impulsion
d'artistes contemporains, peut évoquer
plusieurs entreprises éditoriales
accueillies à la même époque
par Gallimard, sous la houlette de Malraux
notamment, comme le Tableau de la littérature
française. Sans parler de la
« Pléiade »
elle-même, dont les premiers titres
placent volontiers l'édition des
uvres classiques sous le seul éclairage
d'un écrivain contemporain. Des voies
de convergence sont donc ouvertes entre
les deux maisons, même si leur amplitude
éditoriale n'est pas comparable.
Mario Broglio le sait, qui écrit
en 1937 à Jacques Schiffrin :
« Vous saviez que depuis longtemps
j'avais envie de faire quelque chose avec
la NRF. Nos pourparlers ayant toujours échoués,
en vous proposant l'édition française
de ma nouvelle collection, je vous ai offert
un prix dérisoire pour avoir la certitude
que vous l'auriez acceptée. »
Installé à San
Rocco di Bernezzo (Cuneo), dans le Piémont,
Mario Broglio est bien à l'initiative
d'une telle coopération. Le modèle
en est à la fois simple et audacieux
pour l'époque. Un accord cadre du
6 octobre 1937, distinct du contrat de directeur
de collection de Mario Broglio, en précise
les modalités. L'éditeur italien
a la responsabilité globale de l'édition
et de la fabrication des volumes, en langue
italienne comme en langue française ;
les deux éditions sont imprimées
à Spoleto pour le texte et à
Milan pour les planches. Cela représente
une économie non négligeable :
les coûts fixes de l'édition
sont répartis sur un plus grand nombre
d'exemplaires, faisant diminuer d'autant
le prix de revient à l'unité.
Gallimard n'aura qu'à donner son
bon à tirer sur l'édition
française. Mais Jacques Schiffrin,
qui regrettera la faiblesse des traductions
de Jean Chuzeville, suit de façon
très attentive l'édition desdits
volumes, exigeant de nombreuses corrections
sur les épreuves adressées
par son homologue italien. Gallimard paie
une somme forfaitaire pour chaque volume
pris, somme définie dès 1937
pour l'ensemble de la série. Achetés
« ferme », les 2200
exemplaires de chaque titre transitent par
Modane pour rejoindre les entrepôts
français. L'accord était ainsi
plutôt favorable à la NRF par
sa nature forfaitaire ; il n'était
pas soumis à une possible variation
à la hausse des prix des fournisseurs.
L'éditeur italien, qui ne l'avait
pas prévu, déplorera les surcoûts
remettant en cause la rentabilité
de son négoce cisalpin.
Le contrat avait été
signé pour six monographies, dont
deux devaient être consacrées
respectivement à Perugino et à
Giorgione. Cinq seulement parurent, ces
deux artistes laissant finalement leur place
à Paolo Uccello. Hors de ce cadre
contractuel, la NRF choisit de faire paraître
dans la même collection, dix ans après
sa première édition, l'essai
classique de Bernard Berenson sur Les
Peintres italiens de la Renaissance.
Si cette édition ne porte pas de
mention de collection, sa présentation
graphique l'identifie pleinement aux autres
titres de la série. Jacques Schiffrin,
qui avait été le secrétaire
particulier de l'historien, est en relation
avec Berenson dès 1935 pour mener
à bien la préparation de l'ouvrage,
imprimé en Italie. Il est donc vraisemblable
que le projet de cette nouvelle édition,
dans une présentation iconographique
très enrichie, ait été
étudié dès ses débuts
avec Mario Broglio. Rien d'étonnant
en outre d'y voir associé Jacques
Schiffrin, qui avait été,
avec l'aide de Charles Du Bos, le premier
éditeur français du livre
de Berenson en 1927 (en 4 volumes in-16°),
à l'enseigne de ses jeunes Éditions
de la Pléiade.
Un nouvel accord est envisagé
dès 1937 pour prolonger la série ;
sans suite. Après le décès
de Mario Broglio en 1948, la version italienne
sera reprise par l'éditeur Ulrico
Hoepli. On discute alors du prolongement
de la collection ; de nouveaux titres,
ainsi que la reprise du Berenson, sont programmés.
Mais aucun projet ne voit le jour. Privée
de Broglio et de Schiffrin, installé
à New York, la collection a perdu
ses principaux animateurs. Mais le chemin
est tracé. Et bien que d'ampleur
limitée, le « Musée
de la Pléiade » se sera
inscrit en précurseur dans une réflexion
collective de l'édition française
sur les formes modernes du livre d'art et
sur le rapport aux uvres qu'elles
peuvent porter. Avec ses essais et ses collections
(« La Galerie de la Pléiade »,
« L'Univers
des formes », puis
les catalogues des Musées nationaux),
Malraux poursuivra après-guerre cette
décisive mutation.
|
|
 |
 |
|
 |
|
 |
 |
 |
 |
| |
| |
LES OUVRAGES DE LA
COLLECTION
Bernard Berenson. Les Peintres italiens
de la Renaissance (286 pages de texte,
208 planches ill., 135 x 210 mm, 1937)
Emilio Cecchi. Giotto (198 pages
de texte, 200 planches ill., 135 x 210 mm,
1937)
Carlo Gamba. Botticelli (252 pages
de textes, 200 planches ill., 135 x 210
mm, 1937)
Giuseppe Fiocco. Mantegna (248 pages
de textes, 200 planches ill., 135 x 210
mm, 1938)
Carlo Gamba. Giovanni Bellini (228
pages de textes, 200 planches ill., 135
x 210 mm, 1938)
Mario Salmi. Paolo Uccello, Andrea del
Castagno, Domenico Veneziano (218 pages
de textes, 224 planches ill., 135 x 210
mm, 1939)
|
|
 |
 |
|
|
|
 |