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La comparaison avec la « Pléiade »
vient légitimement à l'esprit. En quoi les
deux collections se complètent-elles, au-delà
de leur distinction de prix et de forme ?
Première remarque : « Quarto »
ne donne pas d'appareils critiques équivalents
à ceux de la « Pléiade » ;
ce n'est pas sa vocation. Elle s'accorde
volontiers la publication d'illustrations
et de documents autour de l'œuvre et de
l'auteur, in-texte ou dans le cadre d'un
appendice intitulé « Vie
et œuvre ». Mais elle limite
au strict nécessaire l'annotation, offrant
l'œuvre « dans son plus simple
appareil ». Rappelons la phrase
de Cioran qui ouvre le volume de ses Œuvres,
premier titre de la collection : « Tout
commentaire d'une œuvre est mauvais ou inutile,
car tout ce qui n'est pas direct est nul »
(Syllogismes de l'amertume). On ne
peut être plus clair. Exemplaire est à ce
titre l'édition d'À la recherche du temps
perdu, en un seul volume (!), sans annotation
ni préface. De sorte que « Quarto »
se rapprocherait bien plus de la « Pléiade »
de l'entre-deux-guerres, où la partie critique
était des plus limitée, que de celle d'aujourd'hui.
On pourrait voir une application graphique
de ce précepte dans la clarté et la légèreté
de la mise en pages des volumes.
Mais d'autres distinctions éditoriales
peuvent venir à l'esprit.
« Quarto »
s'ouvre aux sciences humaines. C'est l'occasion,
en collaboration avec les auteurs quand
cela est possible, de mettre à jour une
cohérence thématique par la réunion de leurs
œuvres majeures et de leurs contributions
dispersées, l'unité d'un questionnement
et d'un parcours intellectuel. Aussi s'arrête-t-on,
chez Duby, aux approches de la féodalité
puis de l'art, dans ses rapports avec l'histoire
culturelle et des représentations ;
ou bien à l'idée même du Moyen Âge puis
des personnages du Saint et du Roi avec
Le Goff enrichi sur ce dernier thème
d'une préface inédite de l'historien.
« Quarto »
livre des corpus, écartés par la « Pléiade »,
d'auteurs déjà « pléiadisés »
(dixit Céline) : les nouvelles
de Pirandello et d'Hemingway, les écrits
ethnologiques africanistes de Michel Leiris,
le singulier Henri Matisse, roman
d'Aragon…
Pour d'autres, « Quarto »
offre un cadre propice à la réunion d'une
œuvre nombreuse (Tardieu, Desnos, Bouvier).
Il ne peut s'agir, quelquefois, que d'un
choix d'œuvres tantôt suivant un
parti-pris éditorial clairement exprimé
(la collection s'est ainsi fait une spécialité
des recueils de nouvelles : Aymé, Conrad,
Hemingway, Pirandello), tantôt parce que
les droits de l'œuvre intégrale n'ont pu
être acquis (Duras). Il est des cas enfin
où « Quarto » propose
de nouvelles éditions d'œuvres déjà parues
en « Pléiade »
récemment, des traductions nouvelles pour
Plutarque et Polybe, ou encore la réunion
des Ecrits autobiographiques et du
Docteur Jivago de Pasternak…
Il faut donc porter attention
au travail de « Quarto »
sur le fonds Gallimard. Si elle reprend,
par exemple, l'édition Piroué des Nouvelles
pour une année de Pirandello, elle la
complète en donnant les volumes XIII à XV
demeurés inédits. Ce faisant, elle rencontre
le désir même de l'auteur, qui écrivait
en 1922 : « En accord avec
l'intention qui m'a suggéré ce titre, j'aurais
désiré que le recueil entier formât un unique
volume, un de ces volumes monumentaux tombés
depuis longtemps en désuétude dans le domaine
littéraire. » Souhait désormais
exaucé parmi d'autres (ainsi du rassemblement,
illustré, du cycle Chaminadour
de Marcel Jouhandeau, évoqué
par l'auteur en 1948).
Car chaque nouveau « Quarto »
est un projet en soi.
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