Il faut toujours rester fidèle
aux moments vrais de sa vie : quoiqu'il arrive, quoique
la suite réserve, les malentendus, le découragement,
l'incompréhension. La solution de facilité, bien
sûr, consisterait à recommander un « classique »,
très illustre ou bien tout à fait oublié,
et à se placer ainsi sous l'indiscutable patronage d'un
chef d'uvre d'autrefois : Proust, Joyce, et mieux
encore, Dante ou bien Sei Shônagon. Mais quant à
moi, j'ai toujours pensé que lire, écrire, supposait
qu'on prenne le risque du présent. Un roman m'a aidé
à le comprendre, à en faire l'expérience.
Le livre n'ai pas si vieux que ça, malgré tout.
Il a paru en 1986, il est aujourd'hui en « Folio »
dans la petite collection où devraient aller tous
les grands livres. De Paradis II de Philippe Sollers,
j'imagine que les histoires de la littérature française
lorsque d'ici un ou deux siècles, elles seront
faites par des gens qui s'y connaissent diront toute
l'importance et comment c'est par rapport à ce roman-là
et à Femmes qui l'accompagne que
tout ce qui s'est écrit alors alentours prend
véritablement sens : poésie, pensée,
roman récit rêvé où le roman
donne au réel sa forme fidèle de fiction.
La présentation du premier volume de Paradis,
paru en 1981 au Seuil, contenait cette formule : l'auteur
y déclarait « être entré par
hasard dans l'immense humour du non-être. Lequel éprouve
cependant la nécessité d'être dit. »
Il me semble que toute la suite magnifique de
l'uvre de Sollers vient vérifier ce mot
de Portrait du joueur à Studio, de Théorie
des exceptions à Éloge de l'infini.
Pourtant, je ne suis pas certain que Sollers reprendrait aujourd'hui
à son compte une telle expression.
Disons qu'à moi, elle me va.
Philippe Forest
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