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Les Ditelis du rougegorge
Inspirés du chant discret du rougegorge,
ces « ditelis », courts mais intenses poèmes, entre
comptines et dictons, tressent une couronne de tendresse à cet
oiseau de l'âme. Fruits d'une longue alchimie, ils sont l'aboutissement
des recherches langagières du poète, mais aussi d'une quête
spirituelle.
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De Jésus qui priait au jardin des Pardons,
un petit oiseau s'approcha. Haut sur pattes fines comme aiguilles,
la plume brunette un peu olive, l'il rond comme un cassis,
il s'en venait frisant le sol, sautillant et parfois s'arrêtant
pour faire une révérence. Une brise lui avait dit
que cet Homme-là était le cur fait homme. Que
voulait-il bien, ce petit passereau du monde ? Il désirait
visiter le cur du Fils. Alors souriant, Jésus lui ouvrit
son cur, et le petit oiseau entra dans la cage des côtes
: il y fut pris d'amour, et battit des ailes au rythme des pulsations
divines. En souvenir de cette visite, Jésus lui empreignit
la lumière de son sang sur la poitrine. Désormais,
l'oiseau était baptisé rougegorge.
Chaque jour, un rougegorge témoigne discètement
de cette sorte de légende sur la branche du temps.
Qu'il en tire profit, celui qui a des oreilles pour
entendre.
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Henri Pichette,
Les Ditelis du rougegorge, Gallimard, 2005
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Ce petit livre, qu'Henri Pichette (1924-2000) a laissé
avant de mourir sur sa table de travail comme un testament poétique,
est issu d'un vaste projet qui occupa plus de vingt ans le poète.
Il avait choisi d'entrer en silence pour « faire un grand livre
avec un petit oiseau » : Le Livre populaire et savant
du Rougegorge familier. Au terme d'une longue enquête bibliographique,
littéraire, linguistique, éthologique ou ethnographique,
lecteur assidu à la Bibliothèque nationale ou collecteur
au fond des provinces de France, il accumula plusieurs mètres de
dossiers passionnants sur le rougegorge. Si l'ambitieux ouvrage n'a pu
voir le jour, un diamant est né, comme d'une longue alchimie poétique,
dans le dépouillement et la simplicité : formes brèves
que ces ditelis, à l'imitation du chant discret du rougegorge,
qui tiennent souvent du dicton ou de la comptine, ciselés par un
amoureux du lexique populaire. C'est aussi l'aboutissement d'une quête
spirituelle qui s'exprime par la médiation de cet oiseau de l'âme,
dont la gorge est tachée du sang du Christ. Comme dans la pièce
de Schumann, en quelques notes rares et des silences, « le
poète parle ».
Th. B.
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Henri Pichette
Les Ditelis du rougegorge
Collection Blanche, Gallimard,
2005
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Dents de lait dents de loup
Ce recueil de 1962, revu et augmenté,
se présente en deux parties : poèmes d'un jeune garçon
qui s'éveille au monde ; jouissances et souffrances d'un homme
de son temps, et d'un poète en pleine possession de son art. Ces
dents qui mordent dans la vie et la langue sont comme l'avant et l'après
des Épiphanies.
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POÈTES
Est-ce parce que le verbe
Vous appelle à l'orée de l'aurore
Et met en lumière vos faiblesses,
Que l'on vous dit illuminés ?
Si votre devoir remis est encore hérésie,
qu'on vous reprenne
Et vous comprenne. Il y avait une intention,
Tant est vrai que vous avez froid
Pour les pauvres diables jetés dans l'hiver
de ce siècle
Et chaud
Pour les belles âmes qui s'expliquent
la damnation éternelle
Que Pégase vous soit ce cheval de labour
Pour qui chaque sillon est une règle d'or
Et que vient la rosée adoucir de ses perles.
1955
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Henri Pichette,
Dents de lait dents de loup, Gallimard, 2005
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Dents de lait dents de loup fut le dernier recueil
publié en 1962 par Henri Pichette (1924-2000) avant un long silence,
au terme duquel le poète se mit patiemment à corriger ses
uvres. Après Les Épiphanies, Odes à
chacun et Apoèmes, il avait parachevé un an avant
sa mort l'édition définitive de ces Dents de lait dents
de loup, largement remaniée et augmentée de cinq poèmes
nouveaux, ainsi que d'un lexique.
Les « Dents de lait », ce sont les premiers
poèmes de Pichette, écrits entre 1942 et 1944, poèmes
de jeune garçon qui s'éveille au monde, poèmes d'étudiant,
poèmes de petit soldat qui participe à la libération
de la France, et où passe un écho de Rimbaud.
Les « Dents de loup », composées
de 1947 à 1958, ce sont les poèmes d'un homme, un homme
de son temps, qui jouit et qui souffre, qui danse au-dessus de l'enfer.
C'est aussi l'uvre d'un artiste qui n'ignore rien des grandes traditions
poétiques françaises ni des puissances du verbe, mais qui
les met au service d'une inspiration et d'une sensibilité proprement
modernes, avant de dire son chagrin dans la calme simplicité de
la rime retrouvée pour le « Poème du coeur blessé ».
Amoureux du langage, Henri Pichette a tenu à faire
suivre cette nouvelle édition d'un lexique. Il a voulu aussi y
faire figurer les dessins que son ami Roger Mandel avait conçus
pour sa toute première plaquette, tirée photographiquement
à deux exemplaires en 1943, Quatre poèmes (ce sont
les poèmes 2 à 5 des « Dents de lait ») ;
Roger Mandel est mort en 1945 des suites d'une grève de la faim
comme objecteur de conscience.
Un choix de poèmes de Dents de lait dents de loup
avait été illustré en 1959 de compositions de Jacques
Villon.
Th. B.
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Henri Pichette
Dents de lait dents de loup
Édition définitive avec trois dessins de Roger
Mandel
Collection Blanche, Gallimard,
2005
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