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Exposition « Pierre Klossowski. Tableaux
vivants »
L'exposition « Pierre Klossowski.
Tableaux vivants » a ouvert ses portes au Centre Pompidou.
Elle présente jusqu'au 4 juin, à travers une quarantaine
de dessins, l'uvre graphique de l'écrivain Pierre Klossowski.
« Notes
devant le dessin de Pierre Klossowski », par Agnès
de la Beaumelle (extrait)
« Épiphanies
et secrets », par Sarah Wilson (extrait)
Les
jours
L'uvre littéraire
L'uvre dessiné de Pierre Klossowski, anachronique
et contemporain, impose une irréductible singularité. Venu
tardivement, pour illustrer puis remplacer l'écriture de fiction
(les trois romans des Lois de l'hospitalité : Roberte,
ce soir, La Révocation de l'Édit de Nantes, Le
Souffleur et Le Baphomet), le travail modeste du crayon
noir et du crayon de couleur surprend de la part de ce brillant érudit,
traducteur et exégète des grands textes de l'Antiquité
et des Pères de l'Église, des écrits de Sade, de
Kierkegaard et de Nietzsche, et dont la pensée, proche de celle
de Bataille, a marqué les intellectuels de son temps Blanchot,
Deleuze, Foucault. De fait, la vision est chez lui préalable à
l'écriture ; et l'image, thème central du Bain de
Diane, un objet sans fin de fascination et de méditation.
Geste illustrative des aventures de Roberte que ces tableaux
vivants, actualisation théâtralisée de fantasmes universels :
le spectateur-voyeur devient le souffleur de ces figures diaphanes, qui
sont des doubles ou des simulacres de lui-même. Des glissements
incessants, en multiples jeux de miroirs, sont opérés entre
le réel et le fictif, l'intime et le mythe, le profane et le sacré.
Gestes et postures arrêtés dans leurs mouvements, corps interceptés
ou en suspens : autant de tentatives, vaines, de captation de l'essence
des êtres, de leur vérité ; autant de dévoilements
de l'ambivalence irréductible de la nature humaine.
C'est, par l'ironique vision disproportionnée et, surtout,
par l'appel aux stéréotypes les plus convenus de l'histoire
de l'art (peinture pompéienne, enluminure médiévale,
imagerie du livre d'enfant, affiche populaire, distorsion du maniérisme,
rhétorique de l'art baroque, et autres académismes), toute
l'énigme de l'image sa « trahison »
qui est ardemment questionnée : est-elle reflet ou
leurre ?
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Le désir se résout dans l'évanouissement
de la forme à laquelle il s'attachait [...] ;
il change en même temps que ce qu'il poursuit ; il va
saisir l'objet sous une forme autre, et cette forme est alors si
intime à ce mouvement, qu'elle lui apporte l'assouvissement
de sa propre loi : qui n'est pas de retenir ni de ne plus se
répandre au point de stagner ; mais celle du triomphe
de soi-même en un perpétuel jaillissement.
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Pierre Klossowski. Le Bain de Diane, Gallimard,
1980
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L'exposition
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Du 4 avril au 4 juin 2007
Centre Pompidou, Galerie d'art graphique
Place Georges Pompidou 75004 Paris
Tél. : 01.44.78.12.33
www.centrepompidou.fr
Cette exposition a été organisée avec la Whitechapel
Gallery (Londres) et le Museum Ludwig (Cologne)
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Le catalogue
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Pierre Klossowski. Tableaux vivants
Ouvrage collectif d'Alain Fleischer, Agnès de La Beaumelle,
Catherine Millet et Sarah Wilson.
184 pages, 126 illustrations - 39 €
Coédition Gallimard / Centre Pompidou, 2007
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« "... l'ombre pour la proie", notes devant le dessin
de Pierre
Klossowski »
par Agnès de la Beaumelle
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Regarder les grands dessins de Klossowski, quoique
nous soyons habitués à les fréquenter sur les
cimaises depuis plus de trente ans, reste une épreuve, tant
leur singularité profonde et leur subversion ce « mélange
d'austérité érotique et de débauche
théologique » dont parlait Maurice Blanchot
n'ont rien perdu de leur virulence. Le face-à-face auquel
est instamment invité le spectateur, ce « tiers »,
ce « prochain » que Klossowski ne cesse de
convoquer en vertu des lois de l'hospitalité qu'il a établies
en règle absolue de connaissance et de jouissance, ce face-à-face
induit un partage : « Mon propos reste toujours
de solliciter les réactions du contemplateur... »,
insiste-t-il. En donnant progressivement à ses figures une
taille grandeur nature, il veut que le regardeur soit de plain-pied
avec elles, dans le même espace qu'elles, et qu'ainsi il se
trouve « face à face avec cette région
de lui-même qu'il ne peut reconnaître que si elle se
trouve extérieure à lui-même : tel bras
qui étreint, c'est le sien ; telle partie corporelle,
c'est lui qui la palpe... ». Jeux de miroirs, doute fondamental :
« Où est la fiction, où est le réel ?
Qu'est-ce que la fiction, qu'est-ce que le réel ? il
y a osmose entre les deux », et ce trouble identitaire,
ontologique, a une « fonction exorcisante »,
nous dit Klossowski. Conférer « un air de proie »
au simulacre qu'est pour lui l'image, tel est l'enjeu qu'il se fixe :
« Le tableau est pour moi au sens propre un simulacre
[...], il simule un fantasme obsessionnel parce que invisible et
incommunicable », il « reconstitue le processus
de simulation d'une présence à identifier jusqu'à
ce qu'il obtienne un degré de ressemblance. La ressemblance
communiquée, communicable, qu'il suggère au contemplateur...
qui se reconnaît lui-même en une région de lui-même
dans le tableau ». Une présence à identifier,
à saisir ? Le sens ou plutôt le pari de
sens de l'uvre de Klossowski réside dans ce
questionnement anxieux et joueur.
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« "... l'ombre pour la proie",
notes devant le dessin de Pierre Klossowski »,
par Agnès de la Beaumelle, commissaire de l'exposition
Extrait du catalogue Pierre Klossowski. Tableaux vivants,
pp. 15 et 18
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« Épiphanies et secrets »
par Sarah Wilson
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Les dessins grandioses de Pierre Klossowski, à
la mine de plomb ou au crayon de couleur, sont pétris de
littérature et de mythologie. Ses rencontres imaginaires
englobent la période classique, les Lumières, la Révolution
et l'époque contemporaine au fil d'une soixantaine d'années.
Son uvre graphique, défendu par des artistes aussi
éminents que ses amis Alberto Giacometti et André
Masson, est resté complètement en dehors des débats
esthétiques de la France des années 1950 et 1960,
marquées par les conflits artistico-politiques entre le legs
des peintures abstraite et figurative et le nouvel art informel.
Et, lorsque Jean Paulhan, directeur de la Nouvelle Revue française,
propose de l'exposer parmi des représentants de l'art brut,
Klossowski décline l'offre... Pourtant, dans les années
1970, de nouvelles collaborations le font entrer de plain-pied dans
une avant-garde qui comprend des personnalités comme Pierre
Molinier ou Michel Journiac pour la photographie et l'art corporel,
Pierre Zucca ou Raoul Ruiz pour le cinéma. À partir
des années 1980, Klossowski a trouvé son public, un
public sensible à la dimension postmoderne de son uvre.
Contemporain de Georges Bataille et de Maurice Blanchot, il commence
à prendre sa place au sein de la « théorie
française », engageant la réflexion sur
le simulacre et sur la notion d'hospitalité, quitte à
ce que le monde anglophone accorde une attention quasi exclusive
à ses écrits. Cette occasion de voir l'art de Klossowski
est donc pour nous une épiphanie : la présentation
au grand jour de dessins bien souvent dérobés aux
regards dans des collections particulières, une révélation
des secrets enfouis sous les apparences sensibles.
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« Épiphanies et secrets », par
Sarah Wilson
Extrait du catalogue Pierre Klossowski. Tableaux vivants,
p. 27
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Les jours
Pierre Klossowski est né à Paris en 1905, dans
une famille de lointaine origine polonaise. Il est le frère aîné
du peintre Balthus. Leur père, Eric Klossowski, est peintre et
historien de l'art. Leur mère, une élève de Pierre
Bonnard.
L'enfance et l'adolescence des deux frères se passent
dans un milieu d'artistes et d'écrivains. Dans leur entourage immédiat,
les rapports d'intimité avec Rilke ainsi qu'avec Gide deviennent
déterminants pour les orientations respectives des deux garçons :
notamment pour Pierre l'amitié de Gide qui le prendra en tutelle,
de temps de lui faire poursuivre ses études secondaires à
Janson-de-Sailly.
Le contact quotidien avec l'auteur de L'Immoraliste
fera surgir en Pierre Klossowski un ensemble de dilemmes moraux qui l'absorberont
durant de longues années avant de pouvoir être résolus
dans la création d'une uvre.
En 1928, il collabore avec Pierre Jean Jouve à la traduction
des Poèmes de la folie de Hölderlin.
À partir de 1935, après avoir fréquenté
les milieux de la Société de psychanalyse parisienne, dont
la revue a publié son premier texte sur Sade, il rencontre Georges
Bataille avec lequel il se lie d'une amitié profonde qui durera
par-delà les événements jusqu'à la mort de
ce dernier. C'est à l'instigation de Bataille que Klossowski prendra
contact avec Breton et Maurice Heine, dans le groupe de Contre-Attaque,
et que, plus tard, il participera à la revue Acéphale
et se liera avec André Masson.
Durant l'Occupation, il entreprend des études de scolastique
et de théologie à la faculté dominicaine de Saint-Maximin,
puis à Lyon au séminaire de Fourvière, et enfin à
Paris, à l'Institut catholique. Il se trouve en contact avec des
réseaux de la Résistance. Au lendemain de la Libération,
il collabore à la revue cuménique Dieu vivant.
Mais, revenu à la vie laïque, il se marie en 1947, et publie
un ouvrage retentissant : Sade mon prochain.
En 1950, son premier roman, La Vocation suspendue,
est une des transpositions des vicissitudes de sa crise religieuse. Mais
le plus important de son uvre romanesque est contenu d'une part
dans la trilogie des Lois de l'hospitalité (réunissant
La Révocation de l'Édit de Nantes, 1959 ; Roberte,
ce soir, 1954 ; et Le Souffleur, 1960) et d'autre part
dans Le Baphomet, en 1965 (prix des Critiques).
Pierre Klossowski s'est par ailleurs exprimé dans les
essais Le Bain de Diane (1957), Un si funeste désir
(1963) et principalement dans un ouvrage exégétique :
Nietzsche et le cercle vicieux (1969).
En outre, au cinéma, il a collaboré au film de Pierre Zucca,
Roberte, ce soir, et à ceux de Raul Ruiz, L'Hypothèse
du tableau volé et La Vocation suspendue.
Cependant, dans les vingt dernières années de
sa vie, il se consacre presque exclusivement à la peinture. Des
expositions en France et à l'étranger montrent que sa réputation,
dans ce domaine, n'a fait que grandir.
Pierre Klossowski est décédé à
Paris le 12 août 2001.
L'uvre littéraire
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© www.gallimard.fr
2007 |