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Rencontre avec Jérôme Garcin, à l'occasion de la parution de L'Écuyer mirobolant (2010)  

  Que signifie la formule chère à Étienne Beudant mais quelque peu hermétique pour les profanes en matière d’équitation, « main sans jambes » ?

  Jérôme Garcin C’est tout simple : il ne faut pas, à cheval, agir simultanément avec la main et les jambes. Seul l’emploi isolé des aides supérieures et inférieures permet d’obtenir l’équilibre du cheval et ensuite, miracle, la légèreté.

  À plusieurs reprises, l’équitation est ici comparée à la musique, à la peinture… Seriez-vous tenté de la considérer comme un des Beaux-Arts ?

  Jérôme Garcin — Mais c’est un bel art ! La haute école était considérée, dans le Versailles de Louis XIV , comme l’égale de la musique ou du théâtre. Allez aujourd’hui à Vienne, à Saumur, à Lisbonne, à Jerez ou chez Bartabas pour vous en convaincre. Et je parle en effet d’Etienne Beudant comme je parlerais d’un très grand poète ou d’un très grand peintre.

  Au-delà de votre passion pour l’équitation, pourquoi avoir choisi Étienne Beudant, « l’écuyer mirobolant », comme sujet de votre livre ?

  Jérôme Garcin — La première raison est littéraire : on ne sait presque rien de lui. L’essentiel de la vie de ce petit capitaine français tient en une phrase : il a servi en Afrique du Nord, il a été un génie de l’équitation et il a signé, sur la question, deux traités majeurs. C’était donc – comme le toujours énigmatique Hérault de Séchelles dans C’était tous les jours tempête – un personnage de roman idéal. Car j’étais à la fois dans la fiction pure et la grande Histoire (il est né en 1863 et il est mort en 1949). La seconde raison est presque philosophique : souffrant de mille maux, il a cessé de monter lorsqu’il était au sommet de son art. Lui qui avait tout sacrifié à la passion des chevaux a passé les vingt-cinq dernières années de son existence sur des béquilles et puis dans un fauteuil roulant. Comment survit-on à ce pourquoi on vivait ? J’essaie de répondre à cette question…

  Considérez-vous la « méthode Beudant » comme un point d’histoire, ou comme une approche toujours actuelle, qui dépasse peut-être le cadre de l’équitation ?

  Jérôme Garcin — La méthode Beudant exposée dans « Main sans jambes » et dans « Extérieur et haute école » n’a, du point de vue équestre, pas pris une ride : elle est toujours très utile. Mais c’est la morale de Beudant qui est, selon moi, dans notre époque marchande où le geste pur et gratuit a disparu, la plus actuelle, la plus précieuse, la plus anticonformiste : un tel sacerdoce, une telle abnégation, un tel travail et de si grands sacrifices pour exceller dans un art ô combien éphémère, tout cela m’émeut et force mon admiration de cavalier.

© www.gallimard.fr, 2010

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