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Rencontre avec Éric Roussel, à l'occasion de la parution de Pierre Mendès France (2007)

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  Après le général de Gaulle, vous publiez aujourd’hui une biographie consacrée à Pierre Mendès France…

  Éric Roussel — Le général de Gaulle et Pierre Mendès
France ont été les deux seuls grands acteurs de la vie publique de la seconde moitié du XXe siècle à susciter un mythe. Il m’a donc paru intéressant de me pencher sur le cas de Mendès, que d’ailleurs j’avais rencontré par deux fois, la dernière fois l’avant-veille de sa mort.

  Les archives vous ont réservé quelques surprises…

  Éric Roussel — Oui, j’ai eu beaucoup de chance en
retrouvant les archives de Mendès France antérieures à 1954, que l’on croyait perdues. En réalité, elles dormaient tout simplement dans un local situé juste au-dessus du bureau du
maire de Louviers !

Des archives qui éclairent son activité avant-guerre et son comportement pendant la guerre…

  Éric Roussel — La guerre constitue un épisode-clé dans
la carrière de Mendès. En 1940, alors qu’il est encore député, il est nommé dans l’aviation, mais se retrouve sans affectation combattante au Maroc. Le gouvernement de Vichy le fait alors arrêter pour désertion. Au lendemain de son procès et de sa condamnation en 1941, il s’évade et rejoint Londres. Je crois qu’il
a été le seul homme politique de la IIIe République à assumer des missions de combat. Ce grand patriote a eu un comportement extrêmement courageux.

  Ensuite, il y aura son bref et unique passage aux affaires…

  Éric Roussel — En pleine guerre d’Indochine, il estime que la France doit rapidement mettre un terme au conflit faute de moyens financiers. Sa position ne doit rien à un anticolonialisme de principe, mais tout à l’étude du dossier. Investi le 18 juin 1954,
au lendemain du désastre de Diên Biên Phu, il apparaît alors comme un sauveur. Il annonce que si les négociations de
Genève avec le Viêt-minh n’aboutissent pas dans un délai d’un mois, il démissionnera… Les archives démontrent qu’il a su
négocier une solution qui, sans être parfaite, était la moins mauvaise possible. Aussitôt après, il gère avec succès la question de l’indépendance de la Tunisie, mais se trouve confronté au problème de l’Algérie. Ce sera une des raisons de sa chute.

  Suivront ensuite le retrait et le silence, jusqu’à sa disparition en 1982…

  Éric Roussel — En républicain intransigeant, Mendès
n’accepte pas les conditions, qu’il estime douteuses, du retour au pouvoir du général de Gaulle. De même, il refuse le
principe de l’élection du président de la République au suffrage universel. D’où ce paradoxe : il restera l’un des hommes
politiques les plus importants du pays, mais n’exercera plus aucune fonction…

  Au terme de votre enquête, considérez-vous l’homme comme supérieur à sa légende ?

  Éric Roussel — Oui, en ce qui concerne sa période de passage au pouvoir. Les archives prouvent à quel point il a su être un bon chef de gouvernement, un fin négociateur à la conférence sur l’Indochine, ensuite en Tunisie où il a magistralement joué.
  Je dirais encore que celui qu’on a pris pour un intellectuel était essentiellement un homme d’action. Un homme, aussi, de très grandes qualités, humaines et morales, aux convictions très
fermes tout en restant extrêmement ouvert, sans aucun sectarisme.

© www.gallimard.fr, 2007

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