Rencontre avec Emmanuèle Bernheim, à l'occasion de la parution de Stallone

  Gallimard — Le titre est une référence directe à l'acteur…

  Emmanuèle Bernheim — Oui, Lise, mon héroïne, va au cinéma voir Rocky 3 de et avec Sylvester Stallone, l'histoire d'un boxeur qui, une fois devenu champion du monde, se laisse aller, perd son titre, et le regagne après s'être sérieusement repris en main. À la vision de ce film, simple, limpide, sincère et très efficace, Lise prend soudain conscience de la médiocrité de sa vie, et — tout comme Rocky — elle tente de se ressaisir… Du jour au lendemain — ou presque — , elle décide de reprendre ses études, de quitter son ami, et de rompre avec sa famille. Bref, elle change de vie.
  Et comme cette nouvelle vie, c'est à Stallone qu'elle estime la devoir, elle n'aura de cesse de s'acquitter de cette dette…

  Gallimard — Pourquoi Rocky 3 ?

  Emmanuèle Bernheim — Quand j'ai vu ce film, à sa sortie, il m'a profondément touchée. À cette époque, je travaillais aux Cahiers du Cinéma, non pas comme critique mais comme responsable des archives photographiques. Serge Daney a essayé de me pousser à écrire sur ce film. Je ne l'ai pas fait. J'en aurais été totalement incapable. Je n'étais pas critique, et en 1983, je n'avais encore rien écrit.
  Mais quand l'année dernière, Le Monde m'a demandé une nouvelle pour l'été, j'ai presque tout de suite repensé à Rocky 3.

  Gallimard — Pensez-vous que ce genre d'événement puisse arriver dans la réalité ?

  Emmanuèle Bernheim — Bien sûr. Je crois que cela peut nous arriver à tous de tomber sur un film, un livre ou autre chose qui fait écho à ce que nous avons envie d'entendre, ou de comprendre à un moment précis de notre vie. Ça produit comme un déclic, et hop, toute notre existence en est modifiée.
  Que se serait-il passé sans cela ? Notre vie aurait-elle changé de toute façon ? Peut-être. Peut-être plus tard. Peut-être jamais… Comment le savoir ?

  Gallimard — Vous avez adopté une écriture rapide, elliptique, presque cinématographique…

  Emmanuèle Bernheim — Ce texte est assez différent de ce que j'ai écrit jusqu'à maintenant.
  D'abord, c'est la première fois que je raconte une histoire qui se déroule sur un temps aussi long : quatorze années. Cela m'a donc tout naturellement conduite à être assez elliptique.
  Et puis c'est aussi la première fois que je m'appuie à ce point sur la réalité : l'existence de Lise étant rythmée par les films de Stallone, c'est, de Rocky 3 à Cop Land, sa filmographie, sa filmographie exacte, qui forme la colonne vertébrale du récit.
  Et enfin, à la différence de tout ce que j'ai écrit jusqu'à présent, il ne s'agit pas d'une histoire de désir, ni d'une rencontre érotique…
  Décidément, Stallone c'est autre chose…

© www.gallimard.fr, 2002

fermer la fenÍtre