Rencontre avec François-Régis Bastide, à l'occasion de la parution de L'Homme au désir d'amour lointain (1994)  

  Entre L'Homme au désir d'amour lointain et votre précédent roman, douze ans de silence...

  François-Régis Bastide  Au printemps 1982, j'ai été nommé ambassadeur à Copenhague. Tous mes amis se sont empressés de me dire que j'allais enfin pouvoir écrire tranquille ! En réalité, à Copenhague comme à Vienne, puis auprès de l'Unesco, je n'ai rien écrit, je n'ai pas même pris de notes. Mais les notes ne valent pas la mémoire : celle-ci ne retient que le plus important, c'est un bon filtre. D'autre part, je n'ai jamais cessé de rédiger des télégrammes, des dépêches, qui doivent être clairs, synthétiques, plutôt brefs, très ordonnés, de revoir les textes préparés par mes collaborateurs... Une ambassade est une salle de rédaction permanente. D'ailleurs, je pense que ce souci de clarté et de concision a influencé le style de L'Homme au désir d'amour lointain.

  Qu'est-ce qui vous a ramené à l'écriture ?

  François-Régis Bastide  Au départ, un rêve. J'ai rêvé d'un corbillard et d'un personnage luciférien, qui est devenu le comte Arthur de L. De ce rêve découlent les premiers chapitres du roman. Puis tout s'est enchaîné...

  À propos de rêve et de réalité, le livre commence par un avertissement ambigu, suivi d'une fiche statistique sur un petit royaume imaginaire des Balkans, la Villanovie...

  François-Régis Bastide  Imaginaire... En êtes-vous si sûr ? Jusqu'à ces dernières années, qui connaissait la Slovénie, la
Slovaquie... Alors, pourquoi pas la Villanovie ? Peu importe qu'elle existe ou non : elle est plausible. Comme tous les personnages du livre. Et tous les pastiches que je laisse au lecteur le soin de découvrir.

  Mais la CSCE, la Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe, sonne vrai...

  François-Régis Bastide  J'ai en effet été chef de délégation à une telle conférence, à Budapest en 1985. Sans raconter mes souvenirs d'ex-ambassadeur, j'ai voulu, dans ce roman, montrer la diplomatie de l'intérieur, faire comprendre ce qu'est une négociation, comment on rapproche des points de vue radicalement opposés, le travail en commissions, la chambre sourde, les gens qui jouent les bons offices entre les groupes de pays... Tout cela est vrai, et aussi légèrement ironique.

  L'Homme au désir d'amour lointain est surtout une histoire d'amour...

  François-Régis Bastide  C'est un peu Tristan et lseult, en effet. Face à Iseult, ou plutôt Regina Ilma, la reine de Villanovie, Tristan, l'ambassadeur, n'a que son amour, tandis que Ladislas Gedymin, l'Américain qui détient la puissance, est le roi Marc. Cela finira-t-il bien ou mal ? Je n'en sais rien : la fin est ouverte. Mais de toute façon, le narrateur est condamné à être fort.

 

© www.gallimard.fr, 2004

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