Rencontre avec Daniel Pennac, à l'occasion de la parution de Monsieur Malaussène (1995)  

  Bonne nouvelle, Benjamin Malaussène est de retour !

  Daniel Pennac Oui, mais dans quel état ! Malgré ses questions « de garçon », comme on dit, il s'est laissé aller à la procréation ! Cette grossesse de Julie va être extraordinairement problématique... pour Benjamin, qui se met à marcher les pieds en canard, le ventre en avant et le dos cassé, tandis que Julie, égale à elle-même, porte son enfant à la hussarde ! Ce rapport ratiocinateur de Benjamin à la paternité est un des axes du livre. Mais, au-delà, il y a bien sûr une intrigue policière, et même deux ou trois… ou davantage.

  Accepteriez-vous d'en dire plus ?

  Daniel Pennac La première est en relation avec l'obstétricien qui s'occupe de Julie, le Docteur Fraenkhel. Son vieux père, Job Bernardin, âgé de quatre-vingt-dix-sept ans, ancien industriel en pellicule cinématographique, a pratiquement passé les deux tiers du siècle à faire un film unique avec sa femme, Liesl. Tous deux meurent et Julie devient leur légataire universelle. Le jour où Malaussène et Julie veulent prendre possession de ce film, ils s'aperçoivent qu'il a non seulement été volé, mais qu'il y a eu assassinat ! Malaussène devient le bouc émissaire dans cette affaire et va se retrouver devant un tribunal avec vingt et un chefs d'inculpation... L'autre histoire policière est celle de la fille de l'inspecteur Van Tian, Gervaise, religieuse au service de michetonneuses repenties. Or « ses » putes disparaissent les unes après les autres. Elle va donc entrer dans la police pour avoir les moyens d'enquêter sur ces disparitions...

  On y retrouve tous les personnages de la saga Malaussène...

  Daniel Pennac Oui, plus quelques personnages nouveaux comme Sissou la Neige, ancien serrurier entré au service d'un huissier, qui met toute son énergie à défendre les victimes de saisies... Mais le personnage principal est certainement le quartier de Belleville où tout se passe, un quartier que j'aime pour son côté salutairement cosmopolite. Et l'un des lieux-clés du livre est Le Zèbre, le dernier cinéma-théâtre de Belleville, actuellement menacé de destruction.

  Enfin, pourquoi ce titre ?

  Daniel Pennac Je n'en dirai rien ! Un indice tout de même : j'ai glissé dans le texte un aphorisme de Christian Mounier, ancien collaborateur de Marcel Duhamel à la Série Noire : « Si les enfants naissaient adultes, il y en aurait peut-être moins »...

 

© www.gallimard.fr, 2004

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