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Mona Ozouf
Varennes
Collection
Les Journées qui ont fait la France

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le résumé du livre
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Introduction
S'il fallait résumer l'événement
du 20 juin 1791, on pourrait s'en tenir à quelques phrases
dépourvues de tout éclat : ce soir-là, Louis
XVI, qui s'estimait prisonnier des Tuileries, est sorti de Paris,
dans l'intention de rejoindre Montmédy, place forte aux frontières
de l'Est ; arrêté le lendemain dans une bourgade argonnaise,
où il a dû passer la nuit, il a été,
le matin suivant, contraint de rebrousser chemin vers la capitale
qu'il avait quittée l'avant-veille.
À Varennes, donc, un roi s'en est venu, un roi
s'en est allé. Dans le jeu de l'oie de la Révolution
française, ce voyage interrompu est le coup de dés
malencontreux qui ramène le joueur à la case du départ
: fausse manuvre, échappée sans lendemain, événement
dépourvu de portée apparente. Après cet intermède
manqué, la pièce recommence sur la même scène
entre le Manège où siège l'Assemblée,
les Tuileries devenues « une
Bastille pour les rois »,
les rues parisiennes en émoi ; avec la même distribution
un roi, une reine, des députés, des clubs ;
et un livret inchangé une constitution à parfaire,
une révolution à clore. On peut douter que les trente-six
heures qui séparent le moment où la famille royale
s'échappe des Tuileries et celui où il lui faut reprendre
la route en sens inverse méritent vraiment le nom de « journée
révolutionnaire ».
Et quand on prétend les élever à la dignité
de « journée qui
a fait la France », la
perplexité s'accroit encore.
Rien, en effet, dans le cours de ces heures n'appelle
à la
mémoire les représentations habituellement liées
â la « journée
révolutionnaire ».
Dans l'imaginaire national, que faut-il à pareille journée?
Un théâtre urbain, parisien de préférence,
tout à coup bouleversé, turbulent, bruyant, méconnaissable.
Il faut des foules anonymes qui abattent grilles et murailles, investissent
les espaces les mieux gardés et les lieux interdits (Bastille,
Tuileries, Convention), se les approprient dans une subversion,
mi-joueuse, mi-brutale, de leurs usages consacrés. Il faut
des razzias de fourches et de fusils, des pillages, des rumeurs
folles, des paniques. Il faut des violences collectives, des coups
de feu, des têtes sur des piques, du sang, de l'épouvante.
Il faut aussi un déclenchement imprévisible : car
on aura beau prêter à la journée des précédents
et même des préparatifs, complots souterrains ou sourdes
intrigues, ils ne suffiront jamais à rendre compte de l'embrasement
soudain des rues et de l'étincelle qui leur met le feu. Enfin,
aux lendemains de la journée, quand on fait le compte des
morts et des saccages, on trouve des hommes transformés,
le cours des choses infléchi, et renouvelé le sens
des événements a venir.
Aucun des ingrédients canoniques de la « journée »
ne semble présent à Varennes. Il s'agit d'un départ
clandestin, couvert par le secret, abrité par la nuit ; puis
d'un voyage accompli sur une route quasi déserte, le plus
furtivement possible ; d'un arrêt inopiné dans une
pauvre commune, si écartée des grands chemins qu'elle
n'a pas même de maison de poste. Sans doute retrouvera-t-on,
sur le trajet du retour, le grondement des foules turbulentes, puis,
à l'arrivée dans la capitale, ce que les journaux
nomment « un concours
immense de peuple ». Cette
masse populaire, autre singularité, se montre respectueuse
des consignes d'ordre qu'on lui a données et observe le plus
impressionnant des silences. L'épisode comporte certes une
sourde violence, mais elle est contenue, et ne fait au total qu'une
seule victime; encore est-ce, sur la route du retour, à la
suite de circonstances mal éclaircies. L'aventure tout entière
manque absolument de l'éclat, barbare ou joyeux, c'est selon,
qu'on prête généralement aux « journées »
de la Révolution française.
[...]
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2005 |