Pierre Assouline
Rosebud
Éclats de biographies
Collection Blanche

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le résumé du livre

 

  Ayant conquis le monde, un homme perclus de solitudes s'enfonce dans la nostalgie de son enfance. Tandis qu'il vit ses derniers jours, un reporter entreprend de fouiller dans son passé. Il recueille des témoignages. Consulte des archives. Et bute sur une énigme faite d'un seul mot que le vieil homme murmure sans discontinuer : « Rosebud… rosebud… rosebud… rosebud… »
  À l'agonie, le vieil homme manipule une boule de cristal renfermant un paysage de neige. L'enfant qu'il fut lui apparaît chevauchant une luge, faisant corps avec elle, vivant avec elle ; à l'instant crucial où on vient l'arracher à ses parents, il l'abandonne derrière lui pour toujours ; dans la neige, devant la maison, la luge n'est plus qu'un morceau de bois ordinaire.
  L'enfant devient l'un des hommes les plus puissants de son temps. Toute sa vie, pourtant, tourne autour de cet objet qui occupe d'emblée une place centrale dans sa mythologie personnelle.
  À sa mort, les déménageurs chargés de vider son château jettent au feu les choses sans valeur. Les détails d'une vie. La luge brûle en dernier.
  Tout cela se passe dans un film. Citizen Kane.

  Plus de trente ans que je cherche ce rosebud (bouton de rose) en chacun. Ce petit rien qui nous trahit en nous révélant aux autres. Toute enquête est gouvernée par la curiosité : le goût des autres humanise. Mais pour qu'elle tourne à l'obsession, il en faut davantage. Le reporter Thomson, c'est moi. Un livre, un film ou un tableau, juste un regard parfois de l'autre côté de la table, ou même un sourire entre deux stations de métro, le battement d'ailes d'un papillon un soir d'été peuvent engager une vie.
  Citizen Kane, aussi, m'a fait biographe.

  Vient un jour où les preuves fatiguent la vérité. Le biographe se surprend alors à tenir l’exactitude à distance. Non qu’il méprise le document, il entend au contraire lui faire rendre l’âme.
  Qui dira jamais la volupté de la focalisation sur l’infiniment petit ? Le biographe accumule d’innombrables détails mais achève sa course dans le temps frustré de n’en avoir approfondi aucun. Il y a du Ingres en lui puisque, comme le peintre le suggérait, il met à la raison « ces petits importants ». Ce sont les exigences du genre : respect des formes et proportions, harmonie des chapitres, hantise de la digression. Pas de hors sujet, rien ne doit dépasser.
  Le biographe est un fournisseur en gros, demi-gros, détail.
  Dans sa quête obsessionnelle du rosebud, il ne peut faire l’impasse sur les détails. Car c’est là que ça se passe. Là que se déploie l’essentiel du théâtre d’ombres de son héros.

© www.gallimard.fr 2006

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