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Nicolas
Jones-Gorlin
Rose
bonbon
Roman
Collection blanche
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« Tu
sais ce qui arrive aux pédophiles quand ils vont en prison ?
dit un flic à voix haute en passant près de ma cellule.
Non..., dit un autre flic.
Les autres détenus finissent toujours
par les choper...
Houa !
Et après, ils les enculent...
Re-houa ! » Pause. « Et
après ?
Ils leurs coupent les couilles ! »
Quand ils m'ont arrêté, j'étais
incapable de sortir un mot, incapable de dire un son avec du sens,
ils m'ont collé les menottes, embarqué. En même
temps, une ambulance emmenait la mère à l'hôpital
et je voyais disparaître Dorothée dans une voiture
de police. C'est dans le fourgon que j'ai entendu prononcer le mot
pour la première fois : « Pédophile. »
Pas une seconde, à ce moment là, j'ai pensé
que la femme flic qui l'avait dit parlait de moi. C'est seulement
quand elle m'a craché au visage, que la salive a traversé
l'espace, comme ça, scintillante vibrante, et m'a touché
en plein visage, impact, coup de fouet, c'est là, vraiment
là que j'ai refait surface.
Pédophile.
Qui viole les petites filles.
Ensuite, il y a eu la prison. La préventive.
Les questions. On m'a foutu dans une cellule spéciale, une
boîte en verre au milieu d'une pièce qui donne sur
nulle part ; ma seule vue : les flics qui me gardaient
bien enfermé dans ma bulle de verre, qui me mataient all
day long.
Le monde se réduisait à ça :
une bulle de verre complètement insonorisée, rien,
zéro, les flics ont un micro pour communiquer avec toi, et
toi une espèce de téléphone pour leur répondre.
De temps en temps, les gardiens laissaient le micro
ouvert, exprès, pour me balancer des vannes, des vacheries.
« Tu crois qu'il s'en sortira ? demande
gardien number one.
Jamais ! » se marre flic
numéro deux.
Je peux même pas dire à quoi ils ressemblaient,
on les changeait tout le temps. Avec ou sans moustache, cheveux
blonds, bruns. Vous êtes tous les mêmes : une peinture
de haine sur vos visages !
Les nouveaux avaient toujours une idée nouvelle,
un truc pas croyable. Il y en a même un qui est venu pisser
sur le mur de ma cellule. Il y avait les douleurs, aussi. On a souvent
mal quelque part quand on est enfermé comme ça :
mal au ventre, mal à la tête, migraine, déveine,
peine, mal à la liberté. Et puis la peur. La vraie
de vraie. Celle dont les enzymes vous bouffent le ventre matin,
midi et soir. La mère de Dorothée revenait souvent
dans mes rêves pour me châtrer avec un coupe-haie. MoteurrrrrR !
Tchac ! Tchac ! No more couilles ! Le visage sanglant
de la mère de Dorothée. Dorothée qui hurlait,
les premières personnes entrant dans les toilettes, leurs
visages coulant comme de la cire, déformés par l'horreur.
Régulièrement, les scènes me revenaient, comme
ça, sans crier gare. Comme si la haine du monde entier entrait
par ondes dans ma cellule pourtant isolée. Entrait malgré
mes yeux fermés, mon cur verrouillé. Entrait.
Entrait. Entrait.
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