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La Nouvelle Revue Française, un cabinet de curiosités et
un étalage de gourmandises
Au début de
l'année 1908, un groupe d'écrivains, parmi lesquels Eugène
Montfort, Charles-Louis Philippe, Henri Ghéon, André Ruyters
et Michel Arnauld (Marcel Drouin), décident de fonder une nouvelle
revue littéraire. André Gide, Jacques Copeau et Jean Schlumberger
participeront également au premier numéro, qui paraît
le 15 novembre 1908. Mais suite à une dissension entre André
Gide et Eugène Montfort, le groupe éclate. Un «second»
premier numéro paraît le 1er février 1909, sans Montfort.
Dès lors, la revue paraît régulièrement et
parmi ses premiers collaborateurs, outre ses fondateurs, on citera Romain
Rolland, André Suarès, Paul Claudel, Léon-Paul Fargue,
Valéry Larbaud et Jacques Rivière. De mai 1912 à
août 1914, Jacques Copeau en assure la direction - à la suite
de Jean Schlumberger - et Jacques Rivière, son secrétariat
(janvier 1912-août 1914). Elle publie Alain-Fournier, Guillaume
Apollinaire, Francis Carco, Jean Giraudoux, Marcel Proust, André
Spire, Paul Valéry, Roger Martin du Gard... La première
guerre disperse les auteurs. La revue s'arrête en septembre 1914
et ne reprend qu'en juin 1919, sous la direction de Jacques Rivière,
bientôt assisté par Jean Paulhan, qui lui succèdera
en 1925.
La N.R.F. cesse de paraître en juin 1940, puis, placée
sous tutelle allemande, elle paraît sous la direction-gérance
de Drieu la Rochelle jusqu'en juin 1943. Ce sont les années sombres
de la revue. La publication reprend en janvier 1953, sous le titre La
Nouvelle Nouvelle Revue française, sous la direction de Jean
Paulhan et Marcel Arland. En novembre 1968, Marcel Arland prend seul la
direction de la revue, Dominique Aury devient secrétaire générale.
En septembre 1977, c'est Georges Lambrichs qui prend la tête de
la revue. Jacques Réda en devient directeur en septembre 1987 ;
Bertrand Visage en devient rédacteur en chef en 1996, suivi par
Michel Braudeau, romancier et critique littéraire, en 1999.
La
N.R.F. vue par Michel Braudeau :
«La seule différence
importante entre La N.R.F. d'aujourd'hui et celle de 1909 réside
dans son rythme de parution, mensuelle hier et maintenant trimestrielle.
Ce nouveau rythme est celui de la réflexion et de l'approfondissement,
l'actualité littéraire étant désormais traitée
par une multiplicité d'émissions de radio et de télévision,
de magazines, de suppléments de certains quotidiens
Chaque numéro met à l'honneur un grand auteur, à
travers des textes inédits. Nous avons ainsi accueilli Rimbaud,
Borges, Balzac et Nabokov en 1999, Breton en janvier 2000, tandis que
le numéro de mars nous a fait retrouver Charles-Albert Cingria.
Mais ces auteurs consacrés ne sont qu'un des aspects de La N.R.F.
Nous sommes aussi, et peut-être surtout, des explorateurs, des découvreurs.
En 1999, nous avons ainsi consacré un dossier thématique
à la littérature cubaine et un second à la littérature
nord-américaine. En mars et mai 2000, nous avons traité
de la littérature africaine sous tous ses aspects, en octobre 2000
et janvier 2001 nous aborderons le Mexique. Découverte, également,
avec le cahier illustré qui présente, dans chaque numéro,
l'uvre graphique d'un artiste à découvrir, toujours
commentée par l'artiste ou par un spécialiste de l'art contemporain.
La N.R.F., c'est encore l'ouverture à tous les genres, à
tous les tons. Loin de l'intellectualisme, nous apprécions l'insolence,
l'imprévu. Comme de faire voisiner Desnos et Mandiargues avec Jim
Harrisson, Antonio Tabucchi ou Maurice G. Dantec, célèbre
pour ses romans noirs mais inattendu dans ses réflexions sur la
littérature, d'interroger Kenzaburô Oê sur l'arme atomique
C'est enfin le lieu d'expression de ce que l'on appelle le work in progress,
l'uvre en mouvement, et du premier contact avec des inconnus qui
sont peut-être les talents de demain. Pour moi, La N.R.F.
doit être à la fois un cabinet de curiosités et un
étalage de gourmandises.»
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