Deuxième numéro 1 de la N.R.F., février 1909.
André Gide en 1922. Photo coll. part.
Jacques Copeau. Photo coll. part.
Jacques Rivière. Photo coll. part.
Jean Paulhan. Photo R. Parry / © Gallimard.
Pierre Drieu la Rochelle corrigeant les épreuves de la revue. photo R. Parry  / © Gallimard.
Marcel Arland. Photo Parry / © Gallimard.
Georges Lambrichs. Photo J. Sassier  /  © Gallimard.
Jacques Réda. Photo J. Sassier / © Gallimard.
Michel Braudeau. Photo J. Sassier / © Gallimard.

 

La Nouvelle Revue Française, un cabinet de curiosités et un étalage de gourmandises

Au début de l'année 1908, un groupe d'écrivains, parmi lesquels Eugène Montfort, Charles-Louis Philippe, Henri Ghéon, André Ruyters et Michel Arnauld (Marcel Drouin), décident de fonder une nouvelle revue littéraire. André Gide, Jacques Copeau et Jean Schlumberger participeront également au premier numéro, qui paraît le 15 novembre 1908. Mais suite à une dissension entre André Gide et Eugène Montfort, le groupe éclate. Un «second» premier numéro paraît le 1er février 1909, sans Montfort.
Dès lors, la revue paraît régulièrement et parmi ses premiers collaborateurs, outre ses fondateurs, on citera Romain Rolland, André Suarès, Paul Claudel, Léon-Paul Fargue, Valéry Larbaud et Jacques Rivière. De mai 1912 à août 1914, Jacques Copeau en assure la direction - à la suite de Jean Schlumberger - et Jacques Rivière, son secrétariat (janvier 1912-août 1914). Elle publie Alain-Fournier, Guillaume Apollinaire, Francis Carco, Jean Giraudoux, Marcel Proust, André Spire, Paul Valéry, Roger Martin du Gard... La première guerre disperse les auteurs. La revue s'arrête en septembre 1914 et ne reprend qu'en juin 1919, sous la direction de Jacques Rivière, bientôt assisté par Jean Paulhan, qui lui succèdera en 1925.
La N.R.F. cesse de paraître en juin 1940, puis, placée sous tutelle allemande, elle paraît sous la direction-gérance de Drieu la Rochelle jusqu'en juin 1943. Ce sont les années sombres de la revue. La publication reprend en janvier 1953, sous le titre La Nouvelle Nouvelle Revue française, sous la direction de Jean Paulhan et Marcel Arland. En novembre 1968, Marcel Arland prend seul la direction de la revue, Dominique Aury devient secrétaire générale. En septembre 1977, c'est Georges Lambrichs qui prend la tête de la revue. Jacques Réda en devient directeur en septembre 1987 ; Bertrand Visage en devient rédacteur en chef en 1996, suivi par Michel Braudeau, romancier et critique littéraire, en 1999.

La N.R.F. vue par Michel Braudeau :

«La seule différence importante entre La N.R.F. d'aujourd'hui et celle de 1909 réside dans son rythme de parution, mensuelle hier et maintenant trimestrielle. Ce nouveau rythme est celui de la réflexion et de l'approfondissement, l'actualité littéraire étant désormais traitée par une multiplicité d'émissions de radio et de télévision, de magazines, de suppléments de certains quotidiens…
Chaque numéro met à l'honneur un grand auteur, à travers des textes inédits. Nous avons ainsi accueilli Rimbaud, Borges, Balzac et Nabokov en 1999, Breton en janvier 2000, tandis que le numéro de mars nous a fait retrouver Charles-Albert Cingria.
Mais ces auteurs consacrés ne sont qu'un des aspects de La N.R.F. Nous sommes aussi, et peut-être surtout, des explorateurs, des découvreurs. En 1999, nous avons ainsi consacré un dossier thématique à la littérature cubaine et un second à la littérature nord-américaine. En mars et mai 2000, nous avons traité de la littérature africaine sous tous ses aspects, en octobre 2000 et janvier 2001 nous aborderons le Mexique. Découverte, également, avec le cahier illustré qui présente, dans chaque numéro, l'œuvre graphique d'un artiste à découvrir, toujours commentée par l'artiste ou par un spécialiste de l'art contemporain.
La N.R.F., c'est encore l'ouverture à tous les genres, à tous les tons. Loin de l'intellectualisme, nous apprécions l'insolence, l'imprévu. Comme de faire voisiner Desnos et Mandiargues avec Jim Harrisson, Antonio Tabucchi ou Maurice G. Dantec, célèbre pour ses romans noirs mais inattendu dans ses réflexions sur la littérature, d'interroger Kenzaburô Oê sur l'arme atomique…
C'est enfin le lieu d'expression de ce que l'on appelle le work in progress, l'œuvre en mouvement, et du premier contact avec des inconnus qui sont peut-être les talents de demain. Pour moi, La N.R.F. doit être à la fois un cabinet de curiosités et un étalage de gourmandises.»

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