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Le Petit Prince
Le livre mythique d'un écrivain-pilote
Soixante ans après
la parution du Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry,
le spectacle musical « Le Petit Prince », réalisé
d'après le conte de l'écrivain-pilote, témoigne à
sa façon de ce que certains livres ne cessent jamais d'accompagner
nos vie.
Génèse d'une uvre
Le
Petit Prince est sans doute le livre français le plus lu et
le plus traduit dans le monde. Depuis soixante ans déjà,
le personnage du conte prolonge son voyage interplanétaire dans
l'imaginaire de millions de lecteurs, de toutes cultures et de tous âges.
Comme une « onde bienfaisante » (c'est ainsi que
Saint-Exupéry partait lui-même des lectures de l'enfance),
sa parole d'humanisme et de générosité se transmet
de génération en génération. Le spectacle
musical qui nous est aujourd'hui offert témoigne à sa façon
de ce que certains livres, certaines histoires, certains personnages ne
cessent jamais d'accompagner nos vies.
Ce livre a une histoire. Dès
les années trente, Antoine de Saint-Exupéry, écrivain
de talent qui allait donner à la décennie trois de ses chefs-d'uvre
(Courrier Sud, Vol de nuit et Terre des hommes, 1929,
1931 et 1939) nourris de son expérience à l'Aéropostale,
crayonnait sur ses manuscrits, sur sa correspondance ou sur des nappes
de restaurant, un petit bonhomme, parfois ailé nu installé
sur un petit nuage survolant la Terre, parfois entouré de fleurs
et de petits animaux. Ce n'était pas encore le personnage du conte,
mais à regarder aujourd'hui ces dessins émouvants, on sent
poindre sous l'esquisse, sous le coup de crayon rapide, sa silhouette
réconfortante.
Engagé dans la bataille contre
les Allemands dont il tirera un grand livre : Pilote
de Guerre, 1942 puis démobilisé, Antoine
de Saint-Exupéry quitte la France pour les États-Unis en
décembre 1940. Exilé, mélancolique, il souffre de
voir les Américains indifférents au sort du vieux continent
et les français profondément divisés. C'est pourtant
à New York, à l'été 1942, que l'idée
d'un conte pour enfants voit le jour. Saint-Exupéry fait l'acquisition
d'un coffret de peinture à l'eau dans un drugstore de la 8e avenue
et se met au travail, jour et nuit, dans une effervescence dont ont témoigné
plusieurs de ses proches. D'esquisse en esquisse les personnages, les
planètes et les épisodes du livre prennent figure, sous
l'effet conjugué de la plume et du pinceau. Le Petit Prince
paraît à New York en avril 1943, en langue anglaise et française.
À peine le livre sorti, impatient de reprendre le combat aux commandes
d'un avion, Saint-Exupéry repart an France. Et ce n'est que trois
ans plus tard, à la fin de l'année 1945, après sa
disparition au cours d'un vol de reconnaissance au dessus de la Méditerranée
le 31 juillet 1944, que le public français peut enfin découvrir
le conte, publié à titre posthume sous une couverture de
toile bleue chez son éditeur Gallimard.
Dans les années qui suivirent,
le mythe Saint-Exupéry allait prendre une exceptionnelle ampleur,
célébrant le pionnier héroïque des lignes aériennes,
l'homme d'action engagé contre tous les totalitarismes, mort pour
la France, mais aussi l'écrivain exigeant qui requiert en chacun
le souvenir de sa part d'enfance et toute la noblesse de son humaine condition.
De cet appel, Le Petit Prince offre une image poétique,
intime et universelle, grave et enjouée. Pour toujours.

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Les Jours
Antoine de Saint-Exupéry naît
à Lyon le 29 juin 1900. Après Marie-Madeleine (1897) et
Simone (1898), il est le fils de Jean et Marie de Saint-Exupéry.
François (1902) et Gabrielle (1903) viendront agrandir la « tribu »,
qui se voit très vite privée de son chef, victime d'une
attaque alors qu'Antoine n'a que quatre ans. Quittant Lyon, Marie de Saint-Exupéry
s'installe avec ses cinq enfants dans la propriété de son
père à La Mole, dans le Var, puis à Lyon, chez la
comtesse de Tricaud. La vie familiale se partage alors entre l'appartement
de la place Bellecour et le château de Saint-Maurice-de-Rémens,
près d'Ambérieu-en-Bugey, dans l'Ain. En 1909, Antoine et
François font leur rentrée scolaire au collège de
Sainte-Croix du Mans. Lorsque la guerre éclate, Antoine et François
sont inscrits au collège de Mongré à Villefranche-sur-Saône,
puis en Suisse, à Fribourg, chez les frères marianistes.
En juillet 1917, Antoine réussit son bac littéraire, au
moment où meurt son jeune frère, atteint de rhumatismes
articulaires.
À Paris, Antoine prépare l'entrée à
l'École navale et découvre les mirages de la vie parisienne.
Échouant au concours, il s'inscrit aux cours de l'École
des Beaux-Arts puis est appelé sous les drapeaux en avril 1921.
Il est affecté à sa demande au deuxième régiment
d'aviation de Strasbourg, chez les « rampants ».
Il prend alors des leçons de pilotage avec un instructeur civil,
Robert Aéby. Son brevet en poche, il est envoyé au Maroc
pour se perfectionner. Il rentre en février 1922 et est muté
au camp d'Avord comme apprenti pilote, puis à Villacoublay. Rendu
à la vie civile en 1923, Antoine retrouve Paris. Il se fiance à
Louise de Vilmorin. Mais sa future belle-famille lui demande d'abandonner
la carrière de pilote, jugée trop dangereuse. Privé
de pilotage, Antoine est engagé comme comptable aux Tuileries de
Boiron puis est représentant de commerce pour les Camions Saurer.
Yvonne de Lestrange, qui a décelé ses talents littéraires,
lui présente Jean Prévost, rédacteur en chef de la
revue littéraire Le Navire d'Argent. Saint-Exupéry
lui adresse sa première nouvelle, « L'Aviateur »,
publiée dans la livraison d'avril 1926. Quittant son emploi fin
1925, Saint-Exupéry passe son brevet de pilote professionnel. Grâce
à l'intervention de l'abbé Sudour, son mentor du collège
Bossuet, il rencontre Beppo de Massimi, directeur de la société
Latécoère. Ce dernier l'adresse à Didier Daurat,
chef d'exploitation de la compagnie à Toulouse, qui l'engage d'abord
comme mécanicien.
Logé à l'Hôtel du Grand-Balcon
à Toulouse, Saint-Exupéry a pour voisins de chambre les
pilotes Jean Mermoz et Henri Guillaumet. Autorisé à convoyer
du courrier de Toulouse à Alicante, il reçoit, la veille
de sa première mission, une mémorable « leçon
de géographie » de Guillaumet. Après Alicante,
Saint-Exupéry transporte le courrier jusqu'à Casablanca,
puis sur la ligne Casablanca-Dakar. La découverte aérienne
du continent africain l'enchante, mais la vie au sol le déprime.
Après une année passée au service du courrier, Saint-Exupéry
est nommé chef d'aéroplace à Cap Juby, sur les côtes
mauritaniennes, le 19 septembre 1927. Dès son retour à Paris
en mars 1929, Saint-Exupéry propose Courrier
Sud à Gaston Gallimard, qui en accepte le manuscrit et fait
signer à son auteur un contrat pour sept romans. Écrit dans
la solitude du Sahara, Courrier sud est un
premier roman nostalgique dans lequel l'auteur parle de son expérience
de pilote. Le personnage de Geneviève évoque le souvenir
de Louise de Vilmorin, la fiancée perdue. Le livre qui sort à
l'automne est préfacé par André Beucler. Après
dix huit mois passés dans le Sahara, Saint-Exupéry prend
quelque repos dans le midi de la France, chez sa sur Gabrielle d'Agay,
puis part pour Brest suivre un cours de navigation aérienne. Il
apprend alors qu'il doit rejoindre ses camarades Mermoz et Guillaumet
en Argentine, à Buenos Aires ; il est nommé directeur de
l'Aeroposta Argentina.
Le 13 juin 1930, Henri Guillaumet est pris dans une tempête
de neige au dessus de la Laguna Diamante. Le pilote pose son avion et
tente de rejoindre à pieds la civilisation. Il y parvient après
avoir erré pendant huit jours dans les Andes qui « en
hiver ne rendent point les hommes ». Dès l'annonce
de sa disparition, Saint-Exupéry et le pilote Deley se relaient
pour tenter de retrouver leur camarade : « L'un et
l'autre, cinq jours durant, nous fouillâmes cet amoncellement de
montagne, mais sans rien découvrir. » Dès
que Saint-Exupéry apprend que Guillaumet a été retrouvé,
il s'envole à la rencontre du rescapé. « Ce
qui compte, c'est de faire un pas, encore un pas. C'est toujours le même
pas qu'on recommence » témoigne Guillaumet, exténué
par son exploit. À l'automne 1930, Saint-Exupéry rencontre
Consuelo Suncín, veuve de l'écrivain Gomez Carillo, consul
général d'Argentine à Paris et membre du Tout Paris
des Arts et des Lettres, elle-même peintre et sculpteur. Il est
séduit par la joie de vivre de la jeune femme qui, suite à
la révolution qui éclate en Argentine, retourne passer Noël
dans sa villa de Cimiez près de Nice. En février 1931, Saint-Exupéry
rentre en France. Mais dès le mois de mars, la mise en liquidation
judiciaire de l'Aéropostale l'empêche de reprendre son poste
sur le continent sud-américain. Il retrouve André Gide à
Agay et lui fait lire le manuscrit de son nouveau roman, écrit
en Argentine : « [...] un livre sur le vol de nuit.
mais dans son sens intime, c'est un livre sur la nuit. ».
Enthousiasmé par le ton très nouveau du récit, Gide
propose de le préfacer. Le roman sort en septembre et obtient un
succès considérable (un million d'exemplaires vendus en
France, six millions dans le monde), couronné par le prix Fémina
décerné le 4 décembre 1931. Lors de son séjour
sur la Côte d'Azur, Saint-Exupéry a retrouvé Consuelo.
Le jeune couple décide de se marier. La cérémonie
religieuse, célébrée par l'abbé Sudour le
12 avril 1931 à Agay, est suivie du mariage civil le 22 à
Nice. Suit alors une période d'instabilité professionnelle,
durant laquelle Saint-Exupéry est, successivement, pilote au Maroc
(1931-1932), pilote d'essai d'hydravions (1933) et journaliste reporter
à Moscou (1935). En novembre 1935, Saint-Exupéry fait une
série de conférences sur l'Aéropostale et parcourt
quelque onze mille kilomètres autour de la Méditerranée
de Casablanca à Athènes, en passant par Alger, Le
Caire et Istanbul.
Pour tester l'endurance des avions, le ministère de
l'Air organise des raids dont les primes attirent les pilotes les plus
audacieux. Saint-Exupéry, qui n'a pas de situation fixe, accepte
de prendre part au raid Paris-Saïgon : il doit rallier les deux
villes en moins de cinq jours et quatre heures. À bord de son Caudron
Simoun F-ANRY, il s'envole le 29 décembre 1935 en compagnie de
son mécanicien André Prévot. Dans la nuit du 30,
l'avion percute le sommet d'un plateau rocheux et s'écrase dans
le désert. Retrouvés par des bédouins après
trois jours d'errance, les deux hommes, exténués, passent
un mois au Caire avant de rentrer en France. Pressé par le journal
L'Intransigeant, Saint-Exupéry raconte son aventure dans
une série d'articles repris plus tard dans un chapitre de Terre
des hommes.
Suite au retentissement de ses articles sur Moscou et sur
son accident en Libye, Saint-Exupéry est envoyé par L'Intransigeant
faire un reportage sur l'Espagne en guerre. En août 1936, il est
sur le front de Barcelone, d'où il reviendra bouleversé
À son retour d'Espagne, Saint-Exupéry voyage
en Allemagne à bord de son Simoun. À Wiesbaden et Berlin,
il constate avec effarement la montée du nazisme et comprend que
la guerre est inévitable. Un an plus tard, à la suite des
accords de Munich signés dans le nuit du 29 au 30 septembre 1938,
il écrit une série d'articles qui pose brutalement la question
que tout le monde a en tête : « La Paix ou la Guerre ? »
En février 1938, Saint-Exupéry tente un second
raid : partant de New York, il doit atteindre Punta Arenas, à
l'extrème Sud de la cordilière des Andes en Terre de Feu.
Toujours en compagnie d'André Prévot, à bord de son
nouveau Caudron F-ANXR, il quitte New York le 14 février et atteint
Guatemala City sans encombre. Mais au décollage, l'avion trop chargé
en carburant va s'écraser dans un champ. On retire les deux hommes
dans un piteux état : Saint-Exupéry reste hospitalisé
un mois au Guatemala puis effectue sa convalescence à New York.
Ses éditeurs américains le pressent de relater ses souvenirs
dans un recueil de récits : Terre
des hommes. Le livre paraît en février 1939 en France,
où il reçoit le grand prix du roman de l'Académie
française, puis aux États-Unis, en juin, sous le titre de
Wind, Sand and Stars (National Book Award,
1939). Pour la promotion de son livre, Saint-Exupéry fait plusieurs
séjours à New York. Alerté par des rumeurs de guerre,
il revient en France en juillet 1939.
À la déclaration de guerre, Saint-Exupéry,
capitaine de réserve, est mobilisé le 4 septembre 1939 à
la base de Toulouse-Francaval. Nommé professeur de navigation aérienne,
il refuse ce poste et fait tout son possible pour être affecté
dans l'armée active. En novembre, il rejoint le groupe de grande
reconnaissance aérienne « 2/33 » à
Orconte en Haute-Marne. Le mauvais temps empêche les avions de sortir :
« La boue. La pluie. Les rhumatismes dans la ferme. Les
soirées creuses. La mélancolie du doute. L'inquiétude
des 10 000 mètres. La peur aussi. »
En mai 1940, la guerre éclair permet aux pilotes de sortir de leur
inactivité. Ils ne sont que cinquante à assurer la sécurité
de tout le territoire et les équipages disparaissent au fur et
à mesure, sans être remplacés. Le 22 mai, Saint-Exupéry
est envoyé en mission de reconnaissance au-dessus d'Arras. Pour
avoir mené à bien son action, il sera décoré
de la croix de guerre avec palmes. En juin, c'est l'exode, marée
humaine en migration qui bouleverse Saint-Exupéry. Le groupe « 2/33 »
doit se replier à Bordeaux. S'emparant d'un Farman, Saint-Exupéry
s'envole pour Alger d'où il espère pouvoir continuer le
combat. Quelques jours après son arrivée, l'armistice est
signée ; les pilotes sont démobilisés le 5 août
1940. Saint-Exupéry s'installe alors à Agay où il
rédige Citadelle. Mais il a besoin
d'action.
Débarquant aux États-Unis le 31 décembre 1940, Saint-Exupéry
se donne quatre semaines pour convaincre les Américains d'entrer
en guerre ; son exil durera un peu plus de deux ans. À New
York, il se retrouve au sein d'une communauté française
déchirée par les querelles de partis. L'attitude apolitique
de Saint-Exupéry lui vaut des inimitiés tant dans le camp
gaulliste que dans le clan de Vichy.
En août 1941, invité par par Jean Renoir à
Hollywood, Saint-Exupéry quitte New York et son ambiance irrespirable.
Souffrant encore des séquelles de son accident au Guatemala, il
profite de son séjour californien pour se faire opérer.
Au cours de sa convalescence, il rédige Pilote
de guerre qui paraît en février 1942, illustré
par son ami Bernard Lamotte. Les Américains sont bouleversés
par ce récit qui leur permet de comprendre qu'avant d'être
écrasée sous la botte allemande, la France s'est battue.
En France, le gouvernement de Vichy n'accepte d'éditer le livre
qu'en deux mille exemplaires, que la censure allemande décide de
retirer de la vente. Malgré cette interdiction, des éditions
clandestines circulent : Pilote de guerre
se lit sous le manteau.
Depuis des années, Saint-Exupéry dessine, dans
ses courriers, sur des nappes de restaurant ou sur des feuilles volantes,
un petit personnage qui hante son esprit. Séduits par ce petit
bonhomme, les éditeurs américains de Saint-Exupéry
lui suggèrent de lui donner vie en écrivant un conte pour
enfants. Après avoir demandé de l'aide à son ami
Bernard Lamotte, Saint-Exupéry renonce à cette collaboration
et crée lui-même ses personnages. Installé à
Bevin House à Long Island, Saint-Exupéry passe
l'été 1942 à mettre en forme Le
Petit Prince, demandant parfois à des amis de passages de prendre
la pose pour mieux croquer une attitude.
Prévu pour Noël 1942, le livre n'est publié
aux États-Unis qu'en avril 1943 car Saint-Exupéry tarde
à en remettre le manuscrit et les illustrations. Dès sa
sortie, l'ouvrage obtient un succès considérable. « Nous
n'avons pas besoin de pleurer les frères Grimm quand les contes
de fées comme Le Petit Prince
peuvent encore tomber des livres d'aviateurs et de tous ceux qui se dirigent
par les étoiles », écrit P.L. Travers, l'auteur
de Mary Poppins.
Ce succès n'a fait que croître d'année
en année, chaque génération offrant à la suivante
la part de rêve qui a bercé son enfance. Publié à
plus de sept millions d'exemplaires en France, traduit en cent quinze
langues, du tiffinagh au japonais et du créole réunionnais
au breton, Le Petit Prince a fait le tour
du monde.
Les Américains ont débarqué en Afrique
du Nord le 8 novembre 1942. La réplique allemande est immédiate :
la zone libre est envahie. Sans tarder, Saint-Exupéry lance un
appel à la radio américaine N.B.C. : « Français
réconcilions-nous pour servir. À quoi bon s'embourber dans
les anciens litiges. Il convient d'unir, non de diviser, d'ouvrir les
bras, et non d'exclure. » Son message sera mal interprété.
Ecuré, Saint-Exupéry décide que
le moment est venu pour lui de retourner au combat. Après maintes
démarches, il obtient enfin sa réintégration dans
le groupe « 2/33 ». Il rejoint Alger en mars 1943,
véritable « panier de crabes » où
sont regroupées toutes les factions et les haines qu'elles suscitent.
Saint-Exupéry rejoint le « 2/33 »
à Oudja au Maroc, où il apprend à piloter un nouvel
avion très sophistiqué : le Lightning P38. Il souffre
de la chaleur, de l'intensité des entraînements faits pour
des hommes qui ont à peine la moitié de son âge. Dans
le cockpit trop étroit pour lui, ses anciennes douleurs se réveillent.
Mais il garde son enthousiasme.
À la fin du stage, Saint-Exupéry retourne à
Alger où il est promu commandant en juin 1943, puis effectue sa
première mission au-dessus de la France le 21 juillet. Suite à
une erreur de pilotage lors de sa seconde mission, il est mis en réserve
de commandement. Malgré l'intensité de la vie intellectuelle
algéroise et la rédaction de Citadelle,
Saint-Exupéry n'a qu'une envie : reprendre le combat.
Pendant l'hiver 1943-1944, Saint-Exupéry fait tout
ce qui est en son pouvoir pour reprendre du service. Il rencontre le général
Eaker, commandant en chef des forces armées en Méditerranée
qui lui permet, en mai 1944, de réintégrer le « 2/33 »
à Alghero en Sardaigne. Cinq missions lui sont accordées
à titre exceptionnel. Le photographe John Phillips, envoyé
spécial de l'Herald Tribune, fait un reportage sur la vie
du camp et demande à Saint-Exupéry un article pour son journal ;
« La lettre aux jeunes Américains » n'arrivera
à New York qu'après le débarquement du 15 août
1944.
Passant outre les ordres qui lui ont été donnés,
Saint-Exupéry multiplie les vols de reconnaissance. Le 31 juillet
1944, il s'envole de Borgho en Corse où le « 2/33 »
est installé depuis le 29 juin. Saint-Exupéry ignore qu'au
retour de cette ultime mission, le général Gavoille, pour
préserver la vie du pilote, a décidé de lui apprendre
la date du débarquement allié en Provence ; ainsi informé,
Saint-Exupéry ne pourrait plus prendre le risque de se faire capturer
par les Allemands. Le Lightning P38 s'envole à 8h45, avec une réserve
de carburant pour quatre de vol. À 14h30, les autorités
militaires sont toujours sans nouvelles du pilote et de son avion. Le
commandant Antoine de Saint-Exupéry est porté disparu.
D'après l'exposition « Antoine
de Saint-Exupéry. Du vent, du sable et des étoiles »,
Gallimard/Espace Saint-Exupéry, 2000. © Gallimard / Espace
Saint-Exupéry.
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