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Pierre
Klossowski (1905-2001)
Pierre
Klossowski est décédé à Paris le 12 août
dernier. Auteur d'uvres romanesques,
il fut également essayiste, traducteur et peintre.
Michel Foucault
et Maurice Blanchot abordent différentes facettes de l'uvre
de Pierre Klossowski :
«
D'ordinaire, quand un auteur parle de lui-même comme auteur, c'est
selon l'aveu du "journal" qui dit la vérité quotidienne
cette impure vérité dans un langage dépouillé
et pur. Klossowski invente, dans cette reprise de son propre langage,
dans ce recul qui ne penche vers aucune intimité, un espace de
simulacre qui est sans doute le lieu contemporain, mais encore caché,
de la littérature. Klossowski écrit une uvre [Le
Bain de Diane], une de ces rares uvres qui découvrent
: on y aperçoit que l'être de la littérature ne concerne
ni les hommes ni les signes, mais cet espace du double, ce creux du simulacre
où le christianisme s'est enchanté de son Démon,
et où les Grecs ont redouté la présence scintillante
des dieux avec leurs flèches. Distance et proximité du Même
où nous autres, maintenant, nous rencontrons notre seul langage. »
Michel
Foucault
Extrait
de « La Prose d'Actéon », article de Michel
Foucault paru dans La NRF en mars 1964, n° 135, pp.444-159.
«
Il s'agit d'une uvre principalement littéraire, même
si sa richesse et son étrangeté donnent le droit de reconnaître
en elle la proposition d'une nouvelle gnose. uvre littéraire,
elle apporte à la littérature ce qui, depuis Lautréamont
et peut-être depuis toujours, lui manque : je le nommerai l'hilarité
du sérieux, un humour qui va beaucoup plus loin que les promesses
de ce mot, une force qui n'est pas seulement parodique ou de dérision,
mais qui appelle l'éclat du rire et désigne dans le rire
le but ou le sens ultime d'une théologie. [...]
Les livres de Pierre Klossowski sont des récits, même
quand ils commentent des mythes, comme dans ce profond livre intitulé
Le Bain de Diane. Récits, ils racontent, décrivent,
énoncent, intriguent. Certains les appelleront théologiques,
d'autres érotiques, d'autres psychanalytiques. Je crois qu'il ne
faut pas tenir grand compte de tels qualificatifs. Je suis plutôt
frappé par un trait d'originalité qui se manifeste dans
l'invention d'une forme nouvelle, à la vérité destinée
à rester unique. »
Maurice
Blanchot
Extrait
de L'Amitié, Gallimard, 1971, pp.192-207.
Indications
biographiques
Pierre
Klossowski est né à Paris en 1905, dans une famille de lointaine
origine polonaise. Frère aîné du peintre Balthus.
Leur père, Eric Klossowski, était peintre et historien de
l'art. Leur mère, une élève de Pierre Bonnard.
L'enfance et l'adolescence des deux frères se passent
dans un milieu d'artistes et d'écrivains. Dans leur entourage immédiat,
les rapports d'intimité avec Rilke ainsi qu'avec Gide deviennent
déterminants pour les orientations respectives des deux garçons
: notamment pour Pierre l'amitié de Gide qui le prendra en tutelle,
de temps de lui faire poursuivre ses études secondaires à
Janson-de-Sailly.
Le contact quotidien avec l'auteur de l'Immoraliste
fera surgir en Pierre Klossowski un ensemble de dilemmes moraux qui l'absorberont
durant de longues années avant de pouvoir être résolus
dans la création d'une uvre.
En 1928, il collabore avec Pierre Jean Jouve à la traduction
des Poèmes de la folie de Hölderlin.
À partir de 1935, après avoir fréquenté
les milieux de la Société de psychanalyse parisienne, dont
la revue a publié son premier texte sur Sade, il rencontre Georges
Bataille avec lequel il se lie d'une amitié profonde qui durera
par-delà les événements jusqu'à la mort de
ce dernier. C'est à l'instigation de Bataille que Klossowski prendra
contact avec Breton et Maurice Heine, dans le groupe de Contre-Attaque,
et que, plus tard, il participera à la revue Acéphale
et se liera avec André Masson.
Durant l'Occupation, il entreprend des études de scolastique
et de théologie à la faculté dominicaine de Saint-Maximin,
puis à Lyon au séminaire de Fourvière, et enfin à
Paris, à l'Institut catholique. Il se trouve en contact avec des
réseaux de la Résistance. Au lendemain de la Libération,
il collabore à la revue cuménique Dieu vivant.
Mais, revenu à la vie laïque, il se marie en 1947, et publie
un ouvrage retentissant : Sade mon prochain.
En 1950, son premier roman, La Vocation suspendue,
est une des transpositions des vicissitudes de sa crise religieuse. Mais
le plus important de son uvre romanesque est contenu d'une part
dans la trilogie des Lois de l'hospitalité (réunissant
La Révocation de l'Édit de Nantes, 1959, Roberte,
ce soir, 1954, et Le Souffleur, 1960) et d'autre part dans
Le Baphomet, 1965 (prix des Critiques).
Pierre Klossowski s'est par ailleurs exprimé dans les
essais Le Bain de Diane (1957), Un si funeste désir (1963)
et principalement dans un ouvrage exégétique : Nietzsche
et le cercle vicieux (1969).
En outre, au cinéma, il a collaboré au film de Pierre Zucca,
Roberte, ce soir, et à ceux de Raul Ruiz, L'Hypothèse
du tableau volé et La Vocation suspendue.
Cependant, depuis une vingtaine d'années, il se consacre
presque exclusivement à la peinture. Des expositions en France
et à l'étranger montrent que sa réputation, dans
ce domaine, n'a fait que grandir.
Bibliographie
Œuvres
de Pierre Klossowski aux Éditions Gallimard et au Mercure de France
| Articles parus
dans La NRF |
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« Origines
cultuelles et mythiques d'un certain comportement des dames romaines
», La NRF n° 155, novembre 1965, pp. 778-809
« L'Indicernable », La
NRF n° 306, juillet 1978, pp. 20-29
« Aux limites de l'indiscrétion
», entretien entre J.-M. Monnoyer et P. Klossowski, La NRF
n° 325, février 1980, pp. 70-86
« Jean-Noël Vuarnet »,
La NRF n° 338 , mars 1981, pp. 82-93 |
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| Traductions |
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Ludwig
Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus suivi de Investigations
philosophiques, traduit de l'allemand par Pierre Klossowski (1961)
Martin
Heidegger, Nietzsche, traduit de l'allemand par Pierre Klossowski
(1971)
Friedrich
Nietzsche, Le Gai Savoir. Édition de Giorgio Colli et
de Mazzino Montinari, traduit de l'allemand par Pierre Klossowski.
Édition revue, corrigée et augmentée par Marc
B. de Launay (1989)
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©
Gallimard 2001
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