"Clérambard", par Jean Mara  / Coll. part.
"Les Oiseaux de lune" de Marcel Aymé (L'Avant-Scène, 1er août 1956). Premier plat de couverture.

 

La Quinzaine de la Pléiade
Album Marcel Aymé

Marcel Aymé et le théâtre

Sur les planches
« Céline, qui avait pourtant connu le succès dès 1932 avec Voyage au bout de la nuit, a toujours envié la réussite de Marcel Aymé au théâtre. Il est vrai que, depuis 1948, avec Lucienne et le boucher, il connaissait une brillante carrière d'auteur dramatique, dont le premier artisan fut Douking. Il avait déjà lu et apprécié la pièce avant-guerre, mais n'avait pu trouver de salle pour la monter. En 1946, il demanda à Marcel Aymé de la reprendre et d'y apporter quelques coupures car, à l'origine, elle durait trois heures et demie. Il fallut s'entendre ensuite sur le choix des acteurs. Arletty se récusa, mais Valentine Tessier accepta, ainsi que Robert Arnoux, Henri Crémieux, Janie Frazia et Jacques Fabbri. Robert Kemp et Jean-Jacques Gautier firent la fine bouche, mais Jacques Lemarchand et Thierry Maulnier encensèrent le spectacle qui tint l'affiche plusieurs mois au Vieux-Colombier.
Deux ans après, Clérambard lui causa quelques soucis. Que le comte de Clérambard fût touché par la grâce après une prétendue apparition de saint François d'Assise, et que le curé du village ne vît rien, au dernier acte, du miracle qui s'accomplissait sous ses yeux, fit rire les esprits libres et grimacer les bigots. Jean-Jacques Gautier fit amende honorable, dans Le Figaro, en jugeant Clérambard supérieur à Lucienne et le boucher, mais, quelques jours plus tard, dans les colonnes du même journal, François Mauriac se déchaîna contre la pièce et son auteur. […]
Malgré le déchaînement des cagots, Clérambard, admirablement interprété par de grands acteurs comme Jacques Dumesnil, Huguette Duflos, Mona Goya, et habilement mis en scène par Claude Sainval, dans des décors de Jean-Denis Maclès, fut joué plusieurs mois à la Comédie des Champs-Élysées. »
Michel Lécureur, Album Marcel Aymé

La générale de "La Tête des autres" / Coll. part.

Le dramaturge
« […] Marcel Aymé demeura très actif au théâtre, au point que, de 1953, après La Tête des autres, à 1961, on vit son nom presque chaque année à l'affiche. Depuis le succès de Lucienne et le boucher, il avait découvert un monde nouveau où il se sentait tout à fait à l'aise. Les acteurs, décorateurs, metteurs en scène lui parurent simples et agréables, sans compter qu'ils l'adoptèrent tout de suite parce qu'il n'était pas un auteur capricieux et exigeant. Claude Sainval, André Barsacq et Henri Crémieux devinrent ses amis. […]
L'art dramatique lui-même fit sa conquête, car il demandait moins de lignage que la création romanesque. Il avait fini par écrire rapidement et facilement ses pièces. Les dialogues devenaient une habitude et se créaient vite. Il n'était plus retenu par les descriptions de lieux et de personnages qu'il avait pourtant toujours réduites au minimum. Sa nature indolente reprenait le dessus. Cependant, l'auteur de théâtre se sentait moins libre que le romancier. En effet, quand il avait campé un personnage, il devait lui refuser tout changement, alors que le roman permettait plus de liberté. Il trouvait toutefois que l'évolution de l'art dramatique qu'il observait était porteuse d'espoir. " Depuis un quart de siècle […], le théâtre tend à s'affranchir des stylisations […], des auteurs dramatiques répudiant insensiblement l'art pour la réalité humaine et ses complexités […]. Aussi a-t-on vu se multiplier les pièces où les personnages, soit en duo, soit en solo, expliquaient au spectateur les secrets dédaléens de leur moi. On comprend que les romanciers ne se sentent pas trop dépaysés dans ce théâtre-là, et qu'ils soient tentés de lui apporter leur contribution. " »
Michel Lécureur, Album Marcel Aymé

La Quinzaine de la Pléiade
Les jours
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© Gallimard 2001