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Rencontre avec Régis Debray, à l'occasion de la parution de Aveuglantes lumières (2006)Aveuglantes Lumières. Journal en clair-obscur : un titre et un sous-titre en forme de paradoxes... Régis Debray
J'ai choisi ce sous-titre de Journal en clair-obscur parce que
ce livre est moins profond qu'un journal intime, mais plus élaboré
qu'un carnet de travail : c'est un carnet de bord fait de réflexions,
de souvenirs, de notes
un recueil de doutes personnels à
l'état brut, sans commentaire doctrinal. Les Lumières appartiendraient donc au passé Régis Debray
Non, il ne faut pas abdiquer les armes de la raison, mais je crois, avec
Merleau-Ponty, qu'il faut inventer un nouveau rationalisme qui permette
de penser l'irrationnel, qui donne raison de la déraison
Vous prenez Voltaire comme tête de Turc Régis Debray Ce n'est pas par manie du contre-pied, mais par réaction devant ce « Voltaire, au secours ! » affiché pendant toute l'année 2006. Si Voltaire est admirable en défenseur de Calas ou en libre-penseur, il y a tout de même un confort intellectuel voltairien qui me semble paralysant et à la limite cauteleux, un peu frileux, un peu présomptueux ! Voltaire n'a pensé ni la Nation, ni la Révolution, ni l'esprit de corps, essentiel pour comprendre les sentiments d'appartenance. Ce parvenu se prenait pour un aristocrate ! Certes, je pousse le bouchon un peu loin, mais je crois que Voltaire m'aurait pardonné : quand on garde l'esprit voltairien, on peut éventuellement le retourner contre le culte de Voltaire ! Plus que Voltaire, vous critiquez ceux qui s'en réclament aveuglément aujourd'hui Régis
Debray En effet, je m'en prends surtout aux voltairiens,
à ceux qui se réclament des Lumières pour éviter
de penser les tragédies de l'Histoire, ce qu'il peut y avoir de
dangereux dans un progrès scientifique un peu fou, ou la diversité
des civilisations, des cultures dans le monde. Il y a trop, chez les apologistes
de Voltaire, de provincialisme occidental : nous, Les Lumières,
contre le reste du monde, ce ramassis d'archaïsmes, de totalitaires
et de fanatiques. Or il y a aussi un fanatisme des Lumières, qui
a produit par bien des côtés l'oppression coloniale
Mozart est également très présent dans ce livre Régis Debray
2006, année Voltaire en France, a été l'année
Mozart en Europe. C'est amusant, car Mozart détestait Voltaire :
il pousse des cris de joie lorsqu'il apprend la mort de cet « infâme
mécréant » ! © www.gallimard.fr, 2006
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