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Rencontre avec J.-B. Pontalis, à l'occasion de la parution de Frère du précédent (2006)

  Prix Médicis Essais 2006

    Ce livre-là il me fallait l'écrire. Pas question de reculer. On aurait dit que je partais pour la guerre : « Ce sera dur mais il faut y aller ! » Mon histoire de frères était-elle donc une guerre ?

  Frère du précédent est consacré aux relations entre frères…

  J.-B. Pontalis — Aux couples de frères exclusivement, non aux fratries plus larges ni aux couples frère et sœur. J'insiste sur « couple », car un aîné et un cadet forment une sorte de couple sans pour autant être deux semblables. Ils sont au contraire comme contraints de se différencier l'un de l'autre.

  Il y a surtout, en filigrane, le couple que vous formiez avec votre frère…

  J.-B. Pontalis — Le livre a en effet pour point de départ ma relation difficile avec mon frère aîné — aîné de trois ans et demi. Même s'il est mort depuis quelques années, je n'arrive toujours pas à savoir s'il me détestait ou s'il m'aimait. Mais, ne serait-ce que par pudeur, je ne voulais pas m'en tenir à une simple description de cette relation. J'ai donc choisi de m'intéresser, par le moyen d'une série de jeux de miroirs, à d'autres couples de frères, réels ou de fiction : Marcel et Robert Proust, Vincent et Théo Van Gogh, les frères Champollion… Ou encore les Goncourt : à la mort du cadet, Jules, on surnomma le survivant « la veuve » — le mot « couple » prend là toute sa force.

  Dans bien des cas, la relation entre frères est d'une incroyable violence…

  J.-B. Pontalis — Cette violence, inhérente à la relation entre deux frères, où se mêlent l'amour et la haine, je l'ai découverte dans de nombreux romans, français ou étrangers. N'oublions pas que le tout premier meurtre de l'humanité, Caïn tuant Abel, est un fratricide… À mon sens, il y a d'ailleurs plus de société fratricides que de sociétés parricides. À l'opposé existe la notion de fraternité…
  J'en arrive à penser, avec Flaubert : « La fraternité, une des plus belles inventions de l'hypocrisie sociale »… En revanche je crois en la fraternisation, à ces moments forts où l'on se reconnaît comme de vrais frères, comme ces trêves de Noël entre adversaires dans les tranchées de la guerre de Quatorze. Mais ça ne dure pas.

  Au terme du livre, la relation entre frères semble toujours une énigme…

  J.-B. Pontalis — Exactement, et si j'ai dépassé la simple description classique de la rivalité, de la jalousie, de l'envie entre frères, j'aimerais approfondir encore le sujet. Bien que le dernier chapitre s'intitule « L'adieu aux armes », je crois que cette guerre ne finit jamais. La plupart des guerres ne sont-elles pas fratricides ?

© www.gallimard.fr, 2006

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