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Rencontre avec Daniel Pennac, à l'occasion de la parution de Merci en « Blanche » (2004) Merci, un titre tellement sobre qu'il en devient énigmatique Daniel Pennac C'est la rencontre d'un mot et d'un personnage, celui d'un créateur venant de recevoir un prix et, se lançant dans les remerciements d'usage, découvre à quel point il est difficile de dire merci. Cette variation sur un thème devient une variation sur un être. Le remerciement serait-il un genre à part entière ? Daniel Pennac Pas seulement. Le mot recouvre la notion de gratitude, qui, elle, ne relève pas du genre. Le personnage, d'ailleurs, passe constamment de la tentative de remerciement à la quête de gratitude. Et réalise qu'il faudrait peut-être remercier en premier ceux à qui on n'a pas envie de dire merci ! Comment cela ? Daniel Pennac Parce qu'ils nous ont constitué peut-être plus que les autres. Il y a la femme que l'on aime et qui a libéré dans l'amour notre énergie créatrice, mais il y aussi le vieux prof qu'on a haï et qui a suscité une réaction explosive, en nous obligeant à un travail de résistance dynamique Au fond, le personnage ne semble pas ravi de son prix Daniel Pennac D'abord, il est remercié
« pour l'ensemble de son uvre ». Implicitement,
c'est que tout ce qui reste à venir est nul par avance. C'est un
prix qui sent le sapin ! Quel est le point de départ du livre ? Daniel Pennac Le dernier paragraphe de mon dernier roman Le Dictateur et le hamac, qui traite précisément de la question du remerciement. À partir de là, j'ai eu envie de creuser le sujet, mais je ne m'attendais pas à ce que cette réflexion crée un personnage qui s'est progressivement imposé. Le texte se présente comme un monologue entrecoupé de didascalies Daniel Pennac Oui, c'est ce qui resterait d'un
roman dont j'aurais ôté tout l'explicatif, tout le conjoncturel,
tout l'anecdotique. Ne reste que ce personnage venu dire « Je
vous remercie de m'avoir remercié ! », et qui découvre
que le mot exprime une chose et son contraire : « Je vous
remercie ! », « Vous êtes remercié ! »
Sans parler des expressions toutes faites comme « merci beaucoup » :
on remercie toujours beaucoup, ce qui fait que la gratitude est vouée
à l'inflation, contrairement au sentiment, déflationniste
par nature. De sorte qu'on est obligé de remercier de plus en plus
des gens qu'on aime de moins en moins !
© www.gallimard.fr, 2004
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