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Rencontre avec Jean-Christophe
Rufin, à l'occasion de la parution de Globalia Globalia est avant tout un roman d'aventures, mais sous-tendu par une réflexion sur l'état du monde Jean-Christophe Rufin : Une réflexion qui repose sur deux idées principales : d'abord, imaginer l'évolution possible des rapports Nord-Sud, sujet que je connais assez bien puisque, par profession, je voyage entre pays riches et pays pauvres. Ensuite, explorer l'inattendu des démocraties, qui, après avoir triomphé dans les années 1990, commencent à révéler de plus en plus un caractère sinon totalitaire, du moins pas si paradisiaque qu'on le prétend. Tocqueville, d'ailleurs, s'était déjà interrogé sur ce paradoxe de l'évolution démocratique. Mais Globalia n'est plus une démocratie, c'est une oligarchie camouflée en démocratie Jean-Christophe Rufin : Le
principe de représentation poussé à l'extrême,
avec la multiplication des centres de pouvoir et de décision, finit
par annuler toute dimension politique. À Globalia, il y a des élections
partout et tout le temps, mais elles ne changent rien à rien. Globalia, c'est aussi la dictature des vieux Jean-Christophe Rufin :
C'est, poussée à l'extrême, une certaine conception
individualiste des droits de l'homme, au mépris de toute dimension
communautaire. Dans cette optique, chacun peut revendiquer tout au long
de sa vie, et jusqu'à un âge très avancé, la
pleine jouissance de ses moyens et de son pouvoir, au lieu de penser à
ceux qui sont à naître. Ainsi, ce qui me frappe le plus quand
je reviens du tiers-monde, c'est la quasi-disparition des enfants dans
nos sociétés occidentales. Je pense qu'on en mesure encore
mal les conséquences. Globalia, société qui prône l'harmonie universelle, s'impose aussi par le chaos Jean-Christophe Rufin : C'est un système mou qui a besoin d'un ennemi pour exister. Regardez ce que vient de se passer en Irak : on a assisté à la destructuration d'un pays qui n'était certes pas une démocratie, mais qui était fortement structuré et qu'on a plongé dans le chaos total. Si l'on systématise ce comportement, cela donne Globalia. Globalia est-il un cri d'alarme ? Un avertissement ? Jean-Christophe Rufin : Peut-être
une sorte d'état des lieux avant la catastrophe ! Mais ce n'est
pas un essai, c'est d'abord un roman. Disons que c'est un cri d'alarme
sans prescription : il y a un diagnostic, mais pas de traitement.
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