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La « Série noire »

La « Série noire», un nom de collection mythique qui, depuis sa création en 1945, a traversé les âges avec la même volonté : montrer la dimension obscure de nos sociétés modernes en devenir.

L'équipe de la « Série noire », 1953. Photo DR

L'équipe de la Série noire, 1953
Photo DR

La « Série noire » des années 1950, ce sont les mauvais garçons de Montmartre, les marloux, les anciens malfrats de grands boulevards qui viennent négocier leurs à-valoir le flingue coincé dans la ceinture, comme Auguste le Breton. C’est l’époque de l’argot fleuri et des histoires de gangsters qui inspireront les films de l’époque, qualifiés de noirs justement.
Mais la « Série noire » ne s’est jamais arrêtée à ses heures de gloire et n’a cessé de muter avec le temps, à l’image de cette société qu’elle reflétait : le polar engagé des années 1970-1980, fait de révoltes, de colères et bien souvent de désillusions.
Avec les années 1990-2000, la vieille dame en noire et jaune continue de prospecter dans les marges de ce monde sans concession qui nous entoure : mondialisation, trafic illégaux, déliquescence du monde politique et social….
Les chevaux de bataille ne manquent décidément pas. Tant qu’il y a du noir, il y a de l’espoir !
Surtout la « Série noire », c’est regarder avec une paire de lunettes qui change notre approche du monde. La « Série noire », c’est les bas-fonds, les bas-côtés et autres contre-allées, tous ces lieux et ces individus qui n’ont pas toujours droit à la lumière ou alors celle de médias pas toujours bien attentionnés et souvent caricaturaux. La « Série noire », c’est montrer les fleurs sous le béton, le beau, inattendu, qui peut surgir d’une ruelle inquiétante et décrépie. Pas étonnant que les surréalistes et les poètes ont toujours eu un regard plus qu’attendri pour cette collection d’enfants terribles (c’est Prévert qui, à la fin de la guerre, trouva le terme «Série noire» pour nommer cette collection naissante).

Enfin la « Série noire », c’est aussi un espace. Les collections s’incarnent dans des lieux, elles ne sont pas comme des plantes hydroponiques. Et le lieu de la « Série noire », c’était la cave de la rue Sébastien-Bottin. Alors que les écrivains plus traditionnels montaient les escaliers, les membres du gang de la SN, eux, les descendaient. En bas, c’était comme un monde inversé, une cour des miracles, un négatif de la soi-disant réalité où ils étaient pour une fois les rois. Les rois de l’ombre, les rois du Noir. À présent, la «Série noire» est sous les toits mais rien n’a changé. Comme je le dis souvent : la cave est dans la tête.

Aurélien Masson
Directeur de la « Série noire »

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Le bureau de la « Série noire » en 2000. Photo Dominique Jochaud, Archives Éditions Gallimard

Le bureau de la « Série noire » en 2000
Photo Archives Éditions Gallimard

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