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Les nouveaux habits de La Nouvelle Revue française

« La NRF est, depuis sa création en 1909, un support offert à la créativité littéraire et l’un des rares lieux où peut s’exprimer une critique libre, ample et profonde sur la littérature en train de se faire, en France comme à l’étranger. » Entretien avec Michel Crépu, directeur de La NRF.

Michel Crépu. Photo Catherine Hélie © Éditions Gallimard

Un nouveau départ, une nouvelle histoire. La NRF a été, durant tout le XXe siècle l’œil du cyclone des grands enjeux littéraires, esthétiques. Tout ce qui a compté, en littérature, est passé par elle. Gide, Rivière, Paulhan, parmi d’autres voix ont frayé des chemins, interrogé la bibliothèque, suscité des horizons inconnus. Aujourd’hui, plus que jamais, La NRF peut et doit faire entendre sa voix en raison même du rôle unique qu’elle a joué pendant plus d’un siècle. En effet, de même que les pionniers de 1908, contemporains de Dada et de la Grande Guerre, surent pressentir les bouleversements qui allaient ébranler les colonnes de la société européenne, de même La NRF de nos jours doit prendre le relais. Nous vivons une nouvelle crise de civilisation. Cela veut dire que la revue entre en confrontation avec les grands enjeux : qu’ils soient esthétiques, littéraires, politiques, philosophiques, religieux. À elle de discerner les vraies questions, de dénoncer les chimères, la monnaie de singe des faux prophètes.

La nouvelle Nouvelle Revue française, bimestrielle, que je dirige aujourd’hui, se donnera pour tâche de traduire concrètement ce projet en introduisant une chronique des événements à chaque ouverture de numéro. Il s’agira par là, en liaison avec la tenue d’un blog numérique hebdomadaire, de lier la revue à l’actualité, à tous les faits, de quelque nature qu’ils soient. Gilbert Lély parlait de la « plus chétive circonstance » : telle est bien l’échelle de perception qui sera la nôtre. Il n’y a pas de petit événement. La littérature apprend à se défaire des illusions médiatiques qui déforment la réalité. Le Spectacle dénoncé naguère par Guy Debord est le pire ennemi de la littérature.

Nombreux aujourd’hui sont ceux qui constatent une perte de crédibilité de la fonction critique. Il s’agit de redonner aux lecteurs le goût, le désir de découvrir des textes, des auteurs. La notoriété et l’anonymat sont complices. La revue, en publiant des textes puisant aussi bien au patrimoine des « anciens » qu’au vivier de la création contemporaine, entend faire valoir un sens de la continuité à travers les siècles : les poèmes de l’ancienne Chine ont autant à nous dire que les romans de la post-modernité. Un mauvais usage de la sociologie a fini par mettre la littérature au service d’un mode réducteur d’interprétation du social. Partout, ce ne sont que généralités, pseudo-thèmes destinés à rassurer un besoin éperdu de balises, d’accroches, de bouées de sauvetage. En redonnant sa voix au texte, d’où qu’il vienne, La NRF souhaite rallumer un vrai désir de lire, de connaissance du langage. Le roman, la poésie, la philosophie, la mystique jouent ici la même partie. On les retrouvera dans chaque numéro. Écrivains, musiciens, cinéastes, photographes, historiens figureront aux sommaires. Non sous la forme de rubriques standardisées mais par des portraits, des analyses. Un grand entretien, dans chaque numéro, avec une personnalité du monde des arts, de la littérature aussi bien que de la politique sera aussi l’occasion de prendre le temps d’une réflexion, d’un développement d’observations.

Par dessus tout, La NRF souhaite être un RENDEZ-VOUS. Que les lecteurs se sentent honorés de la lire et non pas victimes de la manipulation médiatique. Qu’ils puissent vivre avec les textes qui leur sont proposés, qu’ils aient envie d’y revenir, de se laisser bouleverser par eux. La littérature, première matrice de La NRF, poursuit son aventure dans l’inconnu d’un nouveau siècle.

Michel Crépu

› www.lanrf.fr

© Éditions Gallimard