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Domaine étranger

La littérature étrangère a toujours eu une place de choix dans le catalogue des Éditions Gallimard. Si le renouveau de la littérature française était au centre des préoccupations des fondateurs de La NRF, et si elle constitue encore naturellement le cœur de nos publications, la littérature en traduction a bien été présente depuis la création de la maison d’édition.

Dès 1911 deux titres étrangers paraissent, à savoir Judith de Friedrich Hebbel et Le Nommé Jeudi de Gilbert Keith Chesterton. D’abord en dehors de toute collection spécifique, puis dans des collections plus ou moins spécialisées, la littérature venue d’ailleurs trouve des défenseurs souvent passionnés au sein de la maison Gallimard. Pendant les premières années, ce sont plutôt les membres du comité de lecture et les éditeurs de la maison qui jouent ce rôle en fonction de leurs compétences linguistiques et de leurs centres d’intérêt. Puis, à partir des années cinquante, ce travail se structure lentement autour d’une collection centrale créée en 1931, « Du Monde entier ». Sans être exclusive, elle finira par en absorber un grand nombre d’autres, fussent-elles prestigieuses, comme « La Croix du Sud » ou « Jeunes Russes ». Plus de 2 000 titres ont ainsi été publiés sous le label « Du Monde entier » à ce jour, avec une ouverture de plus en plus grande à d’autres cultures et d’autres langues au fil des années.

Valery Larbaud et Agnès Tobin. Carte postale à Gaston Gallimard, juillet 1911. Ms. autogr. Archives Éditions Gallimard

Larbaud envoie en 1911 à Gaston Gallimard une carte postale reproduisant une photographie d'André Gide et de Joseph Conrad. L’œuvre de ce dernier figure parmi les premières grandes révélations étrangères de La NRF. Gide traduira son Typhoon, qui paraîtra en 1918. Le catalogue étranger des jeunes éditions réunit alors des œuvres de Chesterton, de Meredith et d’Ibsen.

Affiche de librairie pour « Du Monde entier », années 1990. Archives Éditions Gallimard

Affiche de librairie pour la
collection Du Monde entier,
années 1990.

Aujourd’hui, la volonté de rester fidèle aux grands noms de la littérature mondiale tout en œuvrant à la reconnaissance de nouveaux talents anime toute une équipe d’éditeurs, de conseillers et de lecteurs au sein de la Maison. Ce travail collectif poursuit un seul objectif : faire connaître aux lecteurs français – grâce à la compétence indispensable des traducteurs – des imaginaires qui s’écrivent dans d’autres langues mais qui peuvent féconder le nôtre, apporter des voix différentes, des textes qui ouvrent notre horizon et nous transportent ailleurs. Cette aventure, malgré les contraintes de plus en plus lourdes que nous impose le « marché » de l’édition internationale, demeure la plus belle qui soit. Le dialogue des littératures continue à s’écrire au sein de cet imposant catalogue qui a fêté ses cent ans en 2011.

Jean Mattern
« Du Monde entier »

© Éditions Gallimard