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Collection Du Monde entier

« Du Monde entier » est la principale collection de littérature étrangère des Éditions Gallimard. Dotée d'un fonds exceptionnel et demeurée fidèle aux grands noms de la littérature mondiale de ces dernières décennies (Roth, Bellow, Fuentes, Vargas Llosa, De Luca…), elle favorise depuis sa création l'émergence et la reconnaissance en France de nouveaux talents, comme aujourd'hui Martin Amis, Ian McEwan, Zadie Smith, Arundhaty Roy, Manuel Rivas… Le Liseur (Schlinck), Testament à l'anglaise (Coe), Sonietchka (Oulitskaïa), Pastorale américaine et La Tache (Roth), Trois chevaux et Montedidio (De Luca), Sourires de loup (Z. Smith), Le Dieu des Petits Riens (A. Roy), Mon nom est rouge (Pamuk) figurent parmi les titres emblématiques de ces dernières années.
On dénombre aujourd'hui, parmi les titres de la collection, environ 35 langues traduites et, parmi les auteurs, plus de 55 nationalités (dont 24 européennes). Depuis 1993, un grand nombre de nouveautés paraissent revêtues d'une jaquette photographique, vivement colorisée et imprimée en bichromie.

Création : 1931
Nombre de titres parus : environ 2 200
Nombre d'auteurs édités : environ 830 (hors collectif)
Ventes depuis parution : 14,8 millions d’ex.
Meilleure vente : Boris Pasternak. Le Docteur Jivago (1956) : 430 000 ex.

Le premier titre :
Erich-Maria Remarque. Après [Der Weg zurück] (12 mai 1931)

Toutes les parutions

« La curiosité cosmopolite marque la première vague NRF : Paul Claudel, Valery Larbaud, André Suarès, Saint-John Perse. Dès ses débuts, la NRF se veut Du Monde entier. » (François Nourissier, Album NRF, Gallimard, 2000)

D'hier à aujourd'hui

« Du Monde entier » est créé au printemps 1931. L'époque est à la littérature étrangère : les collections se multiplient et la NRF, notamment sous l'impulsion de Gide et de Larbaud, y consacre depuis la fin de la première Guerre une part toujours plus importante de son catalogue (Conrad, Dos Passos, Kafka, Svevo, Tagore…).
Jusqu'en 1950 toutefois, « Du Monde entier » ne s'adresse qu'aux seuls bibliophiles : n'y sont en effet réunies que les éditions originales de certaines traductions parues sous la couverture blanche. Ainsi Le Procès de Kafka, dans la traduction d'Alexandre Vialatte, préfacé par Bernard Groethuysen, paraît-il simultanément dans « Du Monde entier » (tirage de tête) et sous la couverture « Blanche » (édition courante). Mais ce n'est pas une loi : La Haine d'Heinrich Mann (1933), Victoriens éminents de Lytton Strachey (1933) ou encore Les Histoires de Jacob de Thomas Mann (1935) paraissent en « Blanche » en édition courante et en beaux papiers. Ce n'est qu'à partir de 1950 que la collection « Du Monde entier » prend son autonomie par rapport à la « Blanche », les ouvrages ne portant plus de numéros d'ordre à partir du 575e volume (1971).
Les débuts de la collection sont marqués par quelques grandes entrées dans le catalogue. Le domaine anglo-saxon s'enrichit de grandes figures sous l'influence prédominante de Maurice-Edgar Coindreau : Faulkner, Hemingway, Caldwell, Steinbeck. La découverte du premier est présentée en 1933, année de la publication de Sanctuaire, comme une « révélation de Malraux, prix Goncourt 1933 » (texte de la bande). Coindreau était en fait en relation avec Faulkner depuis mars 1931 ; il publiera en juin de la même année un premier article sur l'auteur dans La NRF et y donnera une traduction de Septembre ardent en 1932 (Une Rose pour Emily paraissant parallèlement dans Commerce). Il travaillera alors à la traduction de Tandis que j'agonise. Mais les traductions françaises de l'auteur paraîtront dans un ordre différent de leur publication d'origine, malgré les efforts de Larbaud qui avait lui-même repéré Faulkner : Sanctuaire en 1933, avec une préface de Malraux (prépubliée dans La NRF), Tandis que j'agonise en 1934 dans la traduction de Coindreau, avec une préface de Larbaud, Lumière d'août en 1935, Le Bruit et la fureur en 1938. Les textes de Sartre sur Faulkner (notamment celui de juillet 1939 dans La NRF, repris dans Situations I, 1947) joueront un rôle important dans la réception de l'œuvre. À la suite de ses travaux sur Dos Passos et Faulkner, Coindreau sera sollicité par Gaston Gallimard pour la traduction des deux premiers romans d'Hemingway publiés à la NRF, dont L'Adieu aux armes, préfacé par Drieu La Rochelle (1932). Puis c'est au tour d'Erskine Caldwell d'attirer l'attention de Coindreau, qui entre en contact avec l'écrivain aux États-Unis en 1933 et publie successivement ses traductions du Petit Arpent du bon dieu (1936) et de La Route au tabac (1937). Enfin, en 1939, Coindreau donne à Gallimard sa traduction de Des Souris et des hommes, préfacé par Joseph Kessel, sans doute influencé dans ce choix par « la haute estime que Gide avait pour un de ses ouvrages écrit en 1936 In Dubious Battle, traduit [pour Gallimard] en 1940 par E. Michel Tyl sous le titre En un combat douteux ». Autant de publications décisives, qui marqueront à l'évidence deux décennies de « l'âge du roman américain » (1930-1950).

Première collection entièrement dédiée au domaine étranger, « Du Monde entier » n'entraîne pas la disparition de la littérature étrangère sous d'autres enseignes. De nouvelles collections sont créées : « Les Classiques russes » en 1935, suite aux rachats de la collection homonyme aux Éditions Jacques Schiffrin (La Pléiade), dirigée par Schloezer, en 1933 et de trente-quatre titres de la « collection russe » des Éditions Bossard en 1934 ; y seront publiés les traductions de Bounine, Dostoïevski (dont la N.R.F. publie par ailleurs les œuvres complètes), Gogol, Gontcharov, Grébenschtchikov, Kouprine, Mérejkowski, Pouchkine, Tolstoï, Tourguéniev... « Les Classiques anglais » sont lancés quatre ans plus tard, publiant des œuvres d'Emily Brontë (Wuthering Heights), Dickens, Fielding, Thackeray... avant les « Classiques allemands » en 1941 : Eckhart, Goethe, Hoffmann... C'est également dans les années 1930 que des contacts sérieux commencent à être pris avec la littérature sud-américaine. Jules Supervielle saluait en 1932, dans les colonnes de La NRF, la parution en Argentine de Sur, la revue de son amie Victoria Ocampo, qui allait édifier un pont littéraire et éditorial entre les Amériques et l'Europe où se croiseraient Borges et Drieu, Eduardo Malleau et Henri Michaux... Invité par Victoria Ocampo à Buenos Aires en 1939, Caillois y créera un supplément de littérature française à Sur où seront publiés Breton, Malraux, Ponge... De ces premiers contacts découlera après-guerre la création de « La Croix du Sud ». Mais était déjà paru le Don Segundo sombra de Guiraldes (1932) présenté par Supervielle et auparavant, Vision de l'anahuac d'Alfonso Reyes, présenté par Larbaud. Ce même Larbaud qui signalait dès 1925 dans La Revue européenne, avant Drieu et Michaux, le talent de Borges. Enfin, parallèlement à « Du Monde entier », Gaston Gallimard crée en 1931 « Les Essais », collection sans directeur déclaré, se voulant moins « documentaire et anecdotique » que « Les Documents bleus », et où les intellectuels étrangers seront, là aussi, largement représentés (Kierkegaard, Max Scheler, Martin Heidegger et Nicolas Berdiaev, avant-guerre).

Membres du comité de lecture et collaborateurs extérieurs, forts de leurs compétences linguistiques propres et de leur connaissance des littératures nationales, contribuent à enrichir « Du Monde entier », comme l'ont fait en leur temps André Malraux, Benjamin Crémieux, M.-E. Coindreau, Brice Parain, Raymond Queneau, Michel Mohrt, Dominique Aury, François Erval, Dionys Mascolo ou Yannick Guillou et, ces dernières années : Juan Goytisolo, Hector Bianciotti, Bernard Lortholary, Christine Jordis, Gustavo Guerrero, Vincent Raynaud, Semyon et Daniel Mirsky et Jean Mattern, qui a assuré la coordination de la collection jusqu'en 2016.
La collection est dirigée depuis mai 2018 par Marie-Pierre Gracedieu. Matteo Cavanna est en charge du domaine italien, Alain Gnaedig des langues scandinaves, Gustavo Guerrero des domaines espagnol et portugais, Katharina Loix van Hooff des territoires germaniques et d'Europe de l’est et Semyon Mirsky du russe et de l'hébreu.

Brèves

  • Le premier roman de Faulkner traduit en France paraît dans la collection « Du Monde entier » en 1933 : Sanctuaire. Sur la bande ornant l'ouvrage, on peut lire : « Une révélation d'André Malraux, prix Goncourt, 1933 ».
  • Les plus grands auteurs français portèrent la collection sur ses fonts baptismaux : Mac Orlan préface Döblin ; Malraux, Faulkner et le sulfureux Lawrence ; Supervielle, Ricardo Guiraldes ; et Drieu La Rochelle, Hemingway…
  • La collection a changé plusieurs fois de maquette de couverture. Le logo actuel est un photographisme de Georges Guimbertaud adapté par le graphiste Massin en 1961.
  • D'autres collections vouées à la littérature étrangère avaient précédé « Du Monde entier » à la NRF, comme « Jeunes russes » en 1926 ou la « collection polonaise » en 1929. De nos jours, plusieurs collections accueillent des textes étrangers, à l'image de « Continents noirs » pour le domaine africain, la « Série noire » pour les polars étrangers ou « Bleu de Chine » pour la littérature chinoise.
  • Le domaine anglo-saxon est le plus largement représenté : 24 % des titres ont des auteurs américains, 11 % anglais. Viennent ensuite les Italiens (8 %), les Allemands (6 %) et les Russes (4,5 %). Les livres d'auteurs d'Amérique du Sud représentent quelque 7 % du catalogue.
  • Régulièrement, la collection propose de nouvelles traductions de grands textes de la littérature étrangère : Lolita de Nabokov, Ulysse de Joyce, La Ferme africaine de Karen Blixen, Pedro Páramo de Juan Rulfo.

Quelques classiques de la collection
 

Amado. Bahia de tous les saints — Babel. Cavalerie rouge  Bernhard. Oui  Blixen. La Ferme africaine  Burroughs. Le Festin nu  Caldwell. Le Petit Arpent du bon dieu  Carpentier. Le Royaume de ce monde  Cortázar. Les Armes secrètes  Döblin. Berlin Alexanderplatz  Dos Passos. Manhattan Transfer  Durrell. Le Carrousel sicilien  Faulkner. Sanctuaire, Tandis que j'agonise, Sartoris (...)  Fitzgerald. Le Dernier Nabab  Fuentes. La Mort d'Artemio Cruz  Handke. Le Colporteur  Hasek. Le Brave Soldat Chvéik  Hemingway. L'Adieu aux Armes, Le Vieil Homme et la mer, Pour qui sonne le glas (…)  Joyce. Ulysse, Dedalus (…) 

Jünger. Sur les falaises de marbre  Kafka. Le Procès, Le Château, La Métamorphose (…)  Kundera. La Plaisanterie, La Valse aux adieux, L'Insoutenable légèreté de l'être (…)  D.H. Lawrence. L'Amant de Lady Chatterley  Vargas Llosa. La Ville et les Chiens  Mishima. Le Pavillon d'or (…)  Nabokov. Lolita (…)  Pasternak. Le Docteur Jivago  Pasolini. Poésies  Roth.  Portnoy et son complexe  Strauss. La Dédicace  Steinbeck. Des souris et des hommes, Les Raisins de la colère, La Perle (…)  Styron. Le Choix de Sophie  Vassilikos. Z  White. Éden-Ville  Zamiatine. Nous autres… et tant d'autres !

Prix et distinctions

Une moisson de Nobel 
Thomas Mann, Faulkner, Hemingway, Laxness, Pasternak, Steinbeck, Cholokhov, Asturias, Neruda, Patrick White, Eyvind Johnson, Montale, Bellow, Elytis, Milosz, Canetti, Golding, Brodsky, Cela, Paz, Ôe, Heaney, Pamuk, Herta Müller, Vargas Llosa.

Prix Pulitzer 
Parabole et Les Larrons de Faulkner, Le Vieil Homme et la mer d'Hemingway, Les Confessions de Nat Turner de Styron, Rappel à Memphis de Peter Taylor, Rabbit est riche et Rabbit en paix de John Updike, Pastorale américaine de Philip Roth...

Prix Médicis étranger 
La Vie est ailleurs de Kundera, Livre de Manuel de Cortázar, Le Traité des Saisons de Bianciotti, Maîtres anciens de Bernhard, La Tache de Philip Roth, Neige d'Orhan Pamuk, Le Grand Quoi de Dave Eggers.

Prix Femina étranger
Mouflets de Susan Minot, L'Enfant volé de Ian McEwan, Montedidio d'Erri De Luca, Ce qui reste de nos vies de Zeruya Shalev

Prix du meilleur livre étranger
La Tante Julia et le scribouillard de Vargas Llosa, À tout jamais de Graham Swift, Mon nom est rouge d'Orhan Pamuk, L'Histoire de l'amour de Nicole Krauss.

Informations commerciales

Formats : 118 x 185 - 140 x 205 - 150 x 215 mm.
Nombre de titres disponibles : 1630
Nombre de titres au catalogue : 2200
Nombre de nouveautés dans l'année : 33
Ventes nettes annuelles : 284 000 ex.
Prix de vente moyen : 17,75 €
Poids du fonds dans les ventes : 15 %
Nombre de réimpressions de titres du fonds dans l'année : 36
Proportion des titres repris au format poche : 35 %
Les 5 meilleures ventes du fonds :
Pasternak. Le Docteur Jivago (1958)
Kundera. L'Insoutenable légèreté de l'être  (1984)
Lawrence. L'Amant de Lady Chatterley  (1932)
Roth. La Tache (2002)
Hemingway. Le Vieil Homme et la mer  (1952)

Les données concernant les ventes, les prix publics (TTC) et les réimpressions sont représentatives des quatre dernières années.
Mise à jour : juillet 2016
© Éditions Gallimard