• Imprimer

La loi sur le prix unique du livre a 40 ans

Promulguée le 10 août 1981, la loi sur le prix unique du livre, dite « loi Lang », fête ses 40 ans. Elle permet aux libraires de défendre et maintenir la diversité culturelle au plus près de leurs lecteurs, et aux éditeurs d’offrir une gamme large et diverse d’ouvrages, entre grands formats et livres au format de poche, pour le plus grand bénéfice des lecteurs et des auteurs.

La loi sur le prix unique du livre a 40 ans

Le prix unique, une belle conquête de l’esprit et du commerce

Un sondage réalisé à l’issue du deuxième confinement a montré que, quarante ans après que la loi Lang a institué le prix unique du livre tel que figurant sur la couverture de chaque ouvrage, 53 % des Français âgés de plus de dix-huit ans pensent encore à tort que le prix d’un livre varie selon les régions, la période de l’année, la conjoncture économique ou les détaillants. Et cette méprise se constate chez les grands lecteurs comme chez les lecteurs occasionnels. C’est dire que cet anniversaire a toute sa raison d’être !

En lisant les témoignages et les études recueillis dans le nouveau volume proposé par la Fête de la librairie, publié sous l’impulsion de la libraire Marie-Rose Guarniéri et de l’association Verbes, il est difficile de ne pas se souvenir du titre que notre ami Jérôme Lindon, directeur des Éditions de Minuit, avait, en réponse à Pierre Nora, donné à un article du Débat publié quelques mois après l’adoption de la loi : « Le livre comme risque ». Oui, c’est bien de cela qu’il s’agissait alors, et non d’une simple querelle commerciale ; une vision du livre et de la culture était au cœur des débats politiques, interprofessionnels, intellectuels et médiatiques.

Un projet d’auteur n’est pas la répétition de mille autres qui l’ont précédé, mais bien un pari, une promesse qui n’a de sens que si elle a une chance raisonnable d’être entendue, reçue, comprise et discutée : « Ou bien le réseau de librairies de haut niveau se maintiendra, se rajeunira, se développera, et on peut parier qu’écrivains, chercheurs conserveront assez de lecteurs pour être édités à des prix raisonnables. Ou bien les bonnes librairies existantes se transformeront au fil des ans en succursales de banques ou de restaurants de fast-food, et aucune incitation gouvernementale ne pourra convaincre un éditeur, fût-il nationalisé, de publier des livres sans débouchés. » Et de conclure : « Peut-être parce que la seule vraie richesse des auteurs, des éditeurs, des libraires et des lecteurs est précisément cette envie d’investir. » Une phrase à la résonance forte !

Le livre est un risque, et la loi qui en régit le prix, et plus largement le commerce libre mais raisonné, fut aussi pleine de périls ! On ne saurait être trop reconnaissants à Jack Lang, dont c’était la première expérience gouvernementale, d’avoir œuvré si habilement, avec le président Mitterrand, à sa préparation et à son adoption, ainsi qu’à sa défense et à sa promotion dans le monde. Les éditeurs ont pu constater l’impact extrêmement positif de cette législation sur la vie du livre et sur la création littéraire.

J’ai eu la chance de pouvoir travailler, dans cette continuité, avec Jérôme Lindon et Michel Chodkiewicz à la création de l’Adelc en 1988, qui viendra conforter notre soutien interprofessionnel à la librairie de création en amplifiant les effets positifs de la loi de 1981 ; tout comme le label Lir (Librairie indépendante de référence), instauré en 2007.

La loi sur le prix unique continue de requérir toute notre attention ; et l’affluence des lecteurs en librairie durant ces derniers mois, malgré toutes les contraintes pesant sur notre vie collective, renforce nos convictions. Certains veulent parfois remettre en cause ce dispositif législatif, comme le font les « marketplaces » qui créent à dessein une confusion entre livres neufs et livres « à l’état neuf ». Il faut donc rester vigilant ; d’autant qu’il y a un autre bienfait à la loi Lang : la responsabilité des éditeurs d’offrir une gamme large et diverse d’ouvrages, entre grands formats et livres au format de poche, pour le plus grand bénéfice des lecteurs et des auteurs. Bel anniversaire à cette loi qui chaque année nous rappelle ses  vertus.

Antoine Gallimard

Que vive la loi unique du prix du livre !

Que vive la loi unique du prix du livre ! La loi Lang a 40 ans.

La lecture est-elle essentielle ? Cette question, sans cesse relancée, lancinante, est le moteur vrombissant de ce livre – compagnon de la Fête de la librairie indépendante le 24 avril 2021. Quelle meilleure manière d'y répondre que de célébrer la « loi Lang » sur le prix unique du livre ? Intrigante et fragile, car contraire à toute logique de l'économie en place, la loi affirme fièrement que le livre n'est pas un bien de consommation comme les autres : il est œuvre de l'esprit et doit être protégé des lois du marché. La prise de position, audacieuse, dit l'appétence d'un pays pour la liberté de la pensée, la pluralité de l'écriture, le goût de la nuance, le questionnement incessant. Dès lors, la librairie indépendante est un première ligne, confortée dans son rôle d'éclaireur de la culture vivante du livre.

Association Verbes, 2021

Essentielles librairies, par Christian Thorel

Christian Thorel, Essentielles librairies, Tracts Gallimard n° 26, avril 2021

Le libraire toulousain Christian Thorel publie un plaidoyer pour la librairie, reconnue désormais comme un commerce essentiel.

« Ces réflexions, retour d’une expérience personnelle, trouvent leur origine dans la célébration des quarante ans de la loi sur le prix unique du livre, dite loi Lang. Ma naissance au métier de libraire est environ contemporaine de cette date. J’ai accompagné les évolutions des professions du livre qui ne cessent depuis lors de renouveler leur contingent d’animateurs – et qui le font plus encore depuis quelques mois avec une énergie inédite. Je me souviens de jeunes candidats à la profession au début des années 2000. Ils hésitaient, craignant la prochaine et inéluctable disparition de ce métier. Ce temps est derrière nous, mais restons en éveil, rien n’est écrit. Entre le risque et la certitude, notre profession connaît la fragilité des printemps. Nos jardins de papier recèlent des illusions nécessaires, des rêves indispensables, autant qu’ils révèlent des savoirs et des voix nouvelles. Je n’ai guère voyagé, sédentaire attaché à mon verger de livres, en permanence agité par le nomadisme des écrivains et les incertitudes de la création, autant que par les échos qu’en font leurs lecteurs. Existerait-il une plus belle demeure que celle-ci ? »

Christian Thorel est né dans le Tarn en 1953. Il a choisi le métier de libraire en 1976. En 1978, il est conduit avec sa compagne Martine à reprendre la librairie Ombres blanches à Toulouse, qu’ils agrandiront en plusieurs étapes et transmettront début 2018.

En savoir plus

Feuilleter

Essentielles librairies

Christian Thorel

book