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Disparition de Paul Otchakovsky-Laurens

Les Éditions Gallimard ont appris avec tristesse la mort accidentelle de l’éditeur Paul Otchakovsky-Laurens, le 2  janvier 2018. Il est le fondateur des Éditions POL, maison au catalogue singulier et exigeant qu’il incarna pendant trente-cinq ans.

Disparition de Paul Otchakovsky-Laurens

Il s’agit de montrer par la pratique éditoriale que la littérature est multiple, contradictoire et vivante. Mais ce qui lie tous les écrivains, c’est la préoccupation de la langue, ce matériau qu’on essaie de faire bouger. La première préoccupation est formelle. La plus belle histoire du monde ne m’intéresse pas si elle n’est pas portée par une forme qui l’exprime et la transcende.
Paul Otchakovsky-Laurens, Le Monde des livres, 2003

Paul Otchakovsky-Laurens était un éditeur qui avait compris l’importance de construire des liens avec ses auteurs, il était le noyau d’une très belle constellation.
Antoine Gallimard

Entré en 1969 chez Christian-Bourgois tandis qu’il étudiait le droit, Paul Otchakovsky-Laurens devient lecteur chez Flammarion l’année suivante. Éditeur de Marc Cholodenko – prix Médicis 1976 –, et de Bernard Noël à l’enseigne de la collection « Textes » qu’il fonde en 1972, Paul Otchakovsky-Laurens rejoint Hachette en 1977 où il crée la collection « POL » et publie La Vie mode d’emploi de Georges Perec, prix Médicis 1978. En 1983, il fonde sa propre maison d’édition, dont le premier succès est La Douleur de Marguerite Duras, de laquelle il édite également Outside et La Vie matérielle. « Moi, quand j’aime, je prends, c’est tout », déclarait Paul Otchakovsky-Laurens qui a découvert et inscrit au catalogue de ses éditions, entre autres, Leslie Kaplan, Renaud Camus, Emmanuel Carrère (La Classe de neige, prix Femina 1995 ; Limonov, prix Renaudot 2011), Patrick Lapeyre (La Vie est brève et le désir sans fin, prix Femina 2010), Valère Novarina,  René Belletto (L'Enfer, prix Femina 1986), Olivier Cadiot, Martin Winckler (La Maladie de Sachs), Camille Laurens, Marie Darrieussecq (Truisme, Il faut beaucoup aimer les hommes, prix Médicis 2013), Mathieu Lindon (Ce qu’aimer veut dire, prix Médicis 2011) et, plus récemment, Nicolas Fargues, Atiq Rahimi (Syngué sabour, prix Goncourt 2008), Jean Rolin, Santiago H. Amigorena et Nathalie Azoulai (Titus n’aimait pas Bérénice, prix Médicis 2015). POL compte aujourd’hui plus de 280 auteurs et près de 1460 publications.
Éditeur, le second film de Paul Otchakovsky-Laurens consacré à sa vocation professionnelle, est sorti sur les écrans en novembre dernier.

Quand j'ai décidé de faire de l'édition, j'ai fait des stages puis j'ai travaillé chez Bourgois, Flammarion, Hachette… puis en 1975-1976, j'ai été repéré par Georges Lambrichs, alors que je dirigeais une collection chez Flammarion. Il m'a demandé si cela m'intéresserait de travailler chez Gallimard. J'ai rencontré Antoine Gallimard, qui à l'époque s'occupait de « Folio » et bientôt de « L'Imaginaire ». Puis j'ai été reçu par Claude Gallimard qui m'a dit que Georges Lambrichs et Antoine Gallimard lui avaient parlé de moi. Claude m'a alors proposé de rejoindre la maison. Je me souviens qu'en sortant de son bureau, je me suis précipité jusqu'à la cabine téléphonique qui se situait alors au croisement de la rue du Bac et du boulevard Raspail, et j'ai téléphoné en pleurant à mon épouse pour lui dire : « Voilà, je suis embauché chez Gallimard ! » Quinze jours plus tard, j'appelais Claude Gallimard pour lui dire que finalement je ne venais pas ... car Flammarion m'avait proposé de créer ma propre maison d'édition. Mais pour moi, l'endroit où il fallait aller, c'était bien chez Gallimard. Je suis content de n'être pas allé chez Minuit ; je porterais aujourd'hui la robe de bure ! À l'égard de ce que je voulais faire, la meilleure association possible, c'est celle qui existe aujourd'hui, et qui a été mise en place depuis 2005. Gallimard est entré dans le capital de POL en 1991, de façon significative mais minoritaire, avec 25 % des parts ; puis en a pris le contrôle en février 2003. J'ai toujours su que si je devais faire de l'édition, je devrais m'appuyer sur un ensemble plus puissant que moi. J'ai d'abord été avec Flammarion, ensuite avec un financier et enfin Gallimard. Il y a eu des moments difficiles, bien sûr, où la maison a été très déficitaire. Antoine Gallimard me disait : « Revenez à l'équilibre au moins. Je ne vous demande pas de faire de l'argent, je vous demande d'être à l'équilibre, c'est tout. » Et je n'ai jamais eu la moindre pression. Pour moi, Gallimard, c'est la maison d'édition de la liberté intellectuelle et de la liberté littéraire. Mais dans mon cas, et avec mon histoire, c'est beaucoup mieux d'être un peu à l'extérieur, car je ne suis pas vraiment fait pour travailler dans une grande structure.
Paul Otchakovsky-Laurens, Gallimard 1911-2011. Lectures d'un catalogue, 2011

Quelques titres au catalogue de POL

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