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Disparition de Georges-Emmanuel Clancier

L'écrivain Georges-Emmanuel Clancier, de l'écriture duquel résultait, selon les termes d'André Dhôtel, « un jaillissement de mots aimés, de phrases simples et précises qui soudain éclairent le chaos », est décédé à Paris le 4 juillet 2018.

Disparition de Georges-Emmanuel Clancier

L'obscure clarté qui tombe des étoiles cornéliennes et les énigmatiques évidences qui forment la substance des contes du fils Perrault, on les retrouve tout au long de l'histoire de la littérature française, c'est une source qui resurgit avec violence dans l'œuvre de Nerval, c'est la même source qui donne à la poésie de Georges-Emmanuel Clancier ses qualités limpides et opaques, son élaboration d'un terroir dont il semble retrouver les prolongements indéfinis aussi bien vers un avenir incommensurable que vers un passé préhistorique et toujours présent.

Raymond Queneau

Georges-Emmanuel Clancier est né à Limoges le 3 mai 1914 dans une famille de paysans, d'artisans et d'ouvriers porcelainiers. Son père, devenu agent commercial après 1918, a servi comme officier d'infanterie pendant la grande guerre. Le jeune homme qui, écolier, a appris à lire à sa grand-mère maternelle qui lui inspirera sa série romanesque Le Pain noir, poursuit des études au lycée Gay-Lussac à Limoges, interrompues par la tuberculose en classe de philosophie. Il découvre pendant sa convalescence la poésie moderne et l'œuvre de Proust grâce à deux jeunes professeurs, et commence à écrire ses propres poèmes et textes en prose. Il collabore dans les années 1930 aux Cahiers du Sud grâce à Jean Cassou, aux Nouvelles lettres et à Esprit. Il fait alors la connaissance de  JMA Paroutaud, de Robert Margerit et de Jean Blanzat. En 1939, il épouse Anne Gravelat dont il aura deux enfants, Juliette et Sylvestre.
D’abord installé à Paris où Anne prépare l'internat des hôpitaux psychiatriques, Georges-Emmanuel Clancier retourne en Limousin en 1940 et reprend des études à Poitiers puis à Toulouse, et obtient une licence de lettres. Il rencontre à cette époque Joë Bousquet, Raymond Queneau et Michel Leiris, Claude Roy et Pierre Seghers, Loys Masson, Pierre Emmanuel et Max-Pol Foucher. Entré au comité de rédaction de la revue Fontaine dirigée par ce dernier, il devient à partir de 1943 le correspondant clandestin en France occupée de la revue qui poursuit, à Alger, la publication des textes des écrivains de la Résistance. À la Libération, il est chargé des programmes de Radio-Limoges. Journaliste au Populaire du Centre, il fonde avec Robert Margerit et René Rougerie la revue Centres. En 1955, il est nommé à Paris secrétaire général des comités de programmes de la RTF, puis de l'ORTF.
« L’écriture du roman obéit à un long cheminement, une lente traversée du temps, alors que le poème m’apparaît comme un éclat, l’étincelle d’un instant fugitif » : son premier roman, Quadrille sur la tour, a paru aux Éditions Charlot à Alger en 1942, suivi d’un premier recueil de poème, Temps des héros, en 1943 à l'enseigne des Cahiers de l'École de Rochefort. Son œuvre littéraire, pour l’ensemble de laquelle il a reçu le Grand Prix de littérature de l’Académie française en 1971, se partage essentiellement entre romans (parmi lesquels figurent la tétralogie du Pain noir — adaptée à la télévision en 1974 par Françoise Verny et Serge Moati — et L’Éternité plus un jour couronné par le prix des Libraires en 1970) et poésie : son Passager du temps, écrit entre 1982 et 1991, lui vaudra en 1992 le Goncourt de la Poésie. Il a par ailleurs édité les poèmes de Boris Vian dans sa collection « Poésie et critique » chez René Rougerie.
Georges-Emmanuel Clancier a été conseiller culturel pour le pavillon de la France à l’Exposition universelle de Montréal en 1967, membre de l’Académie Mallarmé présidée par Eugène Guillevic en 1978, vice-président de la commission française pour l'UNESCO en 1980. Il a contribué à la défense des écrivains menacés, détenus, déportés et exilés à travers le monde en tant que président du Pen-Club français (1976-1979) puis vice-président de PEN International.
Georges-Emmanuel Clancier s’est éteint à l’âge de 104 ans, le 4 juillet 2018, après avoir publié ses mémoires, Le temps d’apprendre à vivre..., en 2016.

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Georges-Emmanuel Clancier

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L'œuvre poétique de Georges-Emmanuel Clancier

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