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Marcel Proust, prix Goncourt 1919

Marcel Proust reçoit en décembre 1919 le prix Goncourt pour À l'ombre des jeunes filles en fleurs. Cette décision fait date : une nouvelle ère littéraire s’ouvre avec la publication et la consécration d’un roman sans égal, où se joue notre rapport au temps, à notre conscience propre, à l’être aimé et à l’art.

1919-2019 : centenaire du prix Goncourt Marcel Proust

Exposition du centenaire

« Marcel Proust, prix Goncourt 1919 »

du 11 septembre au 23 octobre 2019 à la Galerie Gallimard

 La Galerie Gallimard célèbre le centenaire de l'attribution du Prix Goncourt à Marcel Proust en proposant une exposition réunissant des pièces exceptionnelles : correspondance de Marcel Proust avec les jurés du prix Goncourt et avec son éditeur, épreuves corrigées, éditions originales, coupures de presse d'époque, ainsi que deux dessins de Paul Morand représentant l'auteur d'À l'ombre des jeunes filles en fleurs exposés pour la première fois.
Exposition réalisée avec le concours de la Maison de Tante-Léonie (Illiers-Combray), du prix Goncourt (Nancy), de la Bibliothèque nationale de France et de la Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet.

La presse en parle 

  • « La galerie Gallimard revient sur cet événement, qui fit grand bruit, en évoquant les circonstances de ce prix à la lumière d'une soixantaine de documents exceptionnels. [...] À ne pas manquer. » Télérama Sortir, 18-24 septembre 2019.
  • « Lettres, manuscrits originaux, épreuves d’imprimerie, dessins, photographies... esquissent le contexte de la publication controversée de l’une des œuvres littéraires les plus importantes du XXe siècle. » Marie Akar, Arts et métiers du livre, septembre-octobre 2019.
  • « Il y a toujours quelque chose de magique, d’émouvant, de très affectif à revisiter l’univers de Proust. [...] Tenez-vous au milieu de la galerie et vous aurez l’impression d’être dans le laboratoire de son écriture. » Nelly Kaprièlian, Les Inrockuptibles, 18 septembre 2019.
  • « Mais le clou de ces hommages [à Marcel Proust] réside dans deux modestes dessins exposés à la Galerie Gallimard. Ces inédits viennent de la main de Paul Morand, disciple à l’adulation ambiguë pour "le maître du temps". [...] Une soixantaine de documents parfois rarissimes complète la présentation, dont un carnet de notes, "Moi Prix Goncourt". Pour l’anecdote, l’écrivain, abonné à l’Argus, suivait la presse avec attention, jusqu’à conserver les articles, négatifs pour la plupart, sur son œuvre. Sans doute savait-il que le temps vengerait sa mémoire. » Cécile Lecoultre, 24 Heures, 11 septembre 2019.
  • « Saviez-vous que le prix Goncourt décerné à Marcel Proust en 1919 avait fait scandale dans le Paris intellectuel de l'époque ? La galerie Gallimard revient sur cet événement méconnu le temps d'une exposition intimiste à voir jusqu'en octobre. [...] De quoi ravir les férus de Proust et autres passionnés de grandes et petites histoires de la littérature. » Manon Garrigues, Vogue, 11 septembre 2019.

Lettre des jurés Goncourt à Marcel Proust annonçant l'attribution du prix à « À l’ombre des jeunes filles en fleurs », 10 décembre 1919. Ms aut. Coll. part.

Lettre des jurés Goncourt à Marcel Proust,
10 décembre 1919

Manuscrit autographe. Coll. part.

Les jurés Goncourt annoncent l’attribution du prix au lauréat par cette lettre rédigée aussitôt le vote conclu. Elle est écrite par le président du jury, Gustave Geffroy, et signée par les membres présents : J.-H. Rosny aîné et jeune, Léon Daudet, Élémir Bourges, Henry Céard (qui ont voté pour Proust), Léon Hennique et Jean Ajalbert (qui ont donné leur voix aux  Croix de bois de Roland Dorgelès). « Moi je trouve ça très chouette », avait-il laconiquement déclaré Gustave Geffroy à propos d'À l'ombre des jeunes filles en fleurs lors du fameux dîner du 10 décembre 1919, avant de passer au vote. L’attribution du Goncourt à Marcel Proust, suscita un tollé dans la presse, où l'âge du lauréat, son écriture analytique, son milieu ainsi que le tort causé à l'ancien combattant Dorgelès lui ont été reprochés.

Dessin de Paul Morand représentant Marcel Proust au Ritz, 1916-1917. © Succession Paul Morand / Photo Bibliothèque nationale de France

Marcel Proust au Ritz par Paul Morand, 1916-1917

Encre, lavis et crayons de couleur. © Succession Paul Morand / Photo BnF.

« C’est rudement plus fort que Flaubert. » Cette déclaration de Paul Morand à propos de Du côté de chez Swann a permis au jeune attaché d’ambassade de rencontrer Marcel Proust, probablement à la fin de l’été 1915. Tous deux tissent des liens d’une amitié sincère, bien que ponctuée de malentendus. En 1917, Paul Morand présente à Marcel Proust son amie et future épouse la princesse Hélène Soutzo, dont l’auteur de Swann devient l’un des familiers. C’est dans l’appartement de cette dernière au Ritz que Morand s’est représenté sur ce dessin qui orne sa correspondance avec Hélène ; on le voit en pleine conversation mondaine avec Laure de Chevigné (l’un des modèles de la duchesse de Guermantes, née Laure de Sade) et, fait rarissime dans une représentation d’époque, avec Marcel Proust – dont il évoque ici, avec amusement, un fragment des Jeunes filles en fleurs (la promenade en voiture en compagnie de Mme de Villeparisis autour de Balbec), qu’il a pu découvrir en prépublication dans La NRF de juin 1914.

« Placard » pour l’impression d’À l’ombre des jeunes filles en fleurs de Marcel Proust, joint à l’édition de luxe de 1920. Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet.

« Placard » pour l’impression d’À l’ombre des jeunes filles en fleurs de Marcel Proust, joint à l’édition de luxe de 1920

Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet.

Le présent placard, sur lequel figure la mention « Cahier violet n° 9 », est intégralement composé de fragments manuscrits de la deuxième partie du roman. Le narrateur évoque ici le souvenir des jeunes filles aperçues sur le front de mer à Rivebelle dont celui, plus précis, d’une « jeune blonde à l’air triste » (Albertine). Cette évocation intervient au réveil du narrateur : le sommeil est un thème récurrent de l’œuvre, à propos duquel on notera, dans le coin inférieur droit du premier fragment la mention de l’auteur : « En principe répartir entre les différents sommeils du livre les images, chacun ayant celles qui sont cohérentes entre elles. » Cette planche, ainsi que la planche portant le numéro 16, ont été insérées dans l’exemplaire n° X de l’édition de luxe des Jeunes Filles de 1920 vendue par souscription.

Marcel Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, Éditions de la NRF, achevé d’imprimer du 28 février 1920. Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet.

Marcel Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, Éditions de la NRF, achevé d’imprimer du 28 février 1920

Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet.

Exemplaire n° X de l’édition de luxe sur papier bible du chef-d’œuvre de Marcel Proust, vendue par souscription et imprimée en feuilles. Cette édition présente de nombreuses variantes par rapport à l’édition originale parue deux ans plus tôt. Marcel Proust s’est personnellement investi dans la conception de cette édition en proposant d’y joindre les placards d’épreuves corrigées de son texte. Le portrait de l'auteur, peint en 1892 par Jacques-Émile Blanche, est reproduit en frontispice de l'ouvrage. Malgré son ancienneté (le sujet n’a alors que vingt ans), il est l’un des rares portraits publiés dans la presse au moment de l’attribution du prix Goncourt. De fait il n’existe pas de photographies de l’écrivain contemporaines de l’écriture d’À la recherche du temps perdu, à l’exception des célèbres clichés pris sur la terrasse du Jeu de Paume en 1921, et très peu de portraits dessinés, dont celui de Paul Morand.

« Saint-Loup » – Chaise/escabeau 2018 de la série « Les assises du temps perdu », par Anthony Guerrée. Photo coll. part.

« Saint-Loup » – Chaise/escabeau, par Anthony Guerrée, 2018

Édition : COLLECTION PARTICULIÈRE
Designer : Anthony Guerrée
Épicéa massif sablé et brossé - Fabrication française
Dimensions : 72 x 52 x h. 80 cm
Renseignements : contact@collection-particuliere.fr

« Et quand Saint-Loup, ayant à passer derrière ses amis, grimpa sur le rebord du dossier et s’y avança en équilibre, des applaudissements discrets éclatèrent dans le fond de la salle. Enfin arrivé à ma hauteur, il arrêta net son élan avec la précision d’un chef devant la tribune d’un souverain, et s’inclinant, me tendit avec un air de courtoisie et de soumission le manteau de vigogne, qu’aussitôt après, s’étant assis à côté de moi, sans que j’eusse eu un mouvement à faire, il arrangea, en châle léger et chaud, sur mes épaules. »

La Galerie Gallimard accueille, dans le cadre de l'exposition, le travail du designer de mobilier Anthony Guerrée, qui a été happé par la beauté intemporelle d’À la recherche du temps perdu et sa galerie de personnages hauts en couleurs. Chacun de ces êtres de papier propose sa propre façon d’être au monde, de se comporter en société et entretient un rapport singulier aux arts décoratifs et à l’ameublement. Grâce à son design, la chaise peut-elle figer ne serait-ce que quelques traits d’un personnage de fiction pour devenir une allégorie, une incarnation ? Peut-on donner chair en « donnant chaise » ? En proposant une posture physique, une assise véhicule aussi une posture sociale. La ligne, le confort, les proportions d’une chaise n’induisent pas seulement une façon de s’asseoir, mais aussi un faisceau d’attitudes et de scenarii possibles. C’est avec ces convictions qu’Anthony Guerrée interroge le rapport entre les arts appliqués et la littérature en dédiant une chaise à chacun de ses personnages proustiens favoris.

La galerie Gallimard

Galerie Gallimard
 30/32, rue de L'Université – 75328 Paris cedex 07
 Tél. : 01.49.54.42.30
 contact@galeriegallimard.com
 Du mardi au samedi, de 13h à 19h, et sur rendez-vous
www.galeriegallimard.com

Thierry Laget. Proust, prix Goncourt. Une émeute littéraire, Gallimard, 2019

En librairie

Proust, prix Goncourt, par Thierry Laget

10 décembre 1919 : le prix Goncourt est attribué à Marcel Proust pour À l’ombre des jeunes filles en fleurs. Aussitôt éclate un tonnerre de protestations : anciens combattants, pacifistes, réactionnaires, révolutionnaires, chacun se sent insulté par un livre qui, ressuscitant le temps perdu, semble dédaigner le temps présent. Pendant des semaines, Proust est vilipendé dans la presse, brocardé, injurié, menacé. Son tort ? Ne plus être jeune, être riche, ne pas avoir fait la guerre, ne pas raconter la vie dans les tranchées.
Retraçant l’histoire du prix et les manœuvres en vue de son attribution à Proust, s’appuyant sur des documents inédits, dont il dévoile nombre d’extraits savoureux, Thierry Laget fait le récit d’un événement inouï – cette partie de chamboule-tout qui a déplacé le pôle magnétique de la littérature – et de l’émeute dont il a donné le signal.
Prix Céleste-Albaret 2019

« Le prix est proclamé lors de la dernière réunion de l’année. Entre les filets de barbue bonne femme et la poularde en gelée d’estragon, on procède à plusieurs tours de courtoisie, qui sont moins destinés à départager les candidats qu’à ne pas vexer ceux auxquels on a promis son vote, ou à leur faire un peu de réclame à bon compte. Chacun se prononce à main levée, et certains sont très attachés à ce mode de scrutin, tel Gustave Geffroy qui, avant le prix de 1913, met ses confrères en garde : "Il y aura aussi à éviter le scrutin secret qui sera peut-être proposé. Sur ce point, je suis intransigeant et ne renoncerai pas à notre tradition, déjà établie, du visage découvert." Mais que craint-il donc d’un jeu de masques ?
Sur la nappe, on repousse les verres de traminer et de clos-vougeot, le secrétaire du prix ouvre à la page du jour le registre où il consigne le résultat des délibérations. Après la glace Ermenonville, les mignardises et la corbeille de fruits, quand fument les tasses de café et que la couronne des cigares devient incandescente, on choisit le lauréat, on écrit son nom sur un papier, que l’on tend à un garçon qui l’apporte à la caissière qui le remet aux journalistes qui s’élancent aux trousses de l’élu, pour avoir son portrait et ses premières impressions, pour le précipiter tout nu, tout vif, dans la fournaise de la gloire. »

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Une émeute littéraire

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